Conférence de presse du Président à la Maison Blanche

Le président François Hollande et le président Barack Obama ont tenu une conférence de presse conjointe à la suite de leur entretien. Les deux présidents ont, entre autre, rappelé leur engagement à détruire le groupe terroriste Daech.


Conférence de presse conjointe avec Barack... par elysee

La Maison Blanche, Washington, D.C. – Mardi 24 novembre 2015

Mesdames, Messieurs,

Je veux d’abord remercier le président des Etats-Unis, Barack OBAMA, pour la solidarité dont il a fait preuve. Dès que les attentats ont été connus du monde entier, le premier à m’avoir appelé ce fut Barack. Il était tard, très tard en France, deux heures du matin. Le président des Etats-Unis avait déjà exprimé sa solidarité, sa compassion, son émotion devant l’horreur et dans l’échange que nous avions cette nuit-là il a voulu me dire que les Etats-Unis étaient aux côtés de la France, que l’assistance qui pouvait être apportée à la France serait sans limite et qu’il y avait un devoir commun qui était d’unir nos forces pour lutter contre le terrorisme.

Je n’oublie pas non plus tous les messages que le peuple américain a adressés au cours de ces derniers jours au peuple français. Ces drapeaux tricolores agités dans toutes les manifestations, ces bougies posées devant des lieux qui rappelaient la France ou qui étaient la France ici aux Etats-Unis, ces Marseillaise entonnées dans les cérémonies officielles. C’est vrai que le 11 septembre tous les Français étaient américains et après le 13 novembre les Américains étaient français, nos deux peuples fusionnés dans la même émotion mais surtout dans la même défense de la liberté, la même ferveur à porter nos valeurs. Nous ne sommes pas deux peuples semblables, nous avons notre histoire, nous avons nos cultures, nos origines mais nous avons la même foi dans la liberté.

C’est la France qui a été agressée le 13 novembre dernier, la France dans ce qu’elle est, un pays que nous considérons comme unique au monde parce qu’il parle au monde. C’est la France qui a été attaquée pour ce qu’elle représente, pour ce qu’elle porte, sa culture, sa joie de vivre mais aussi ses valeurs, ses principes. Mais en attaquant la France c’était le monde entier que les terroristes, les assassins lâches de Daech, voulaient viser. Il y avait dans les cafés, dans les restaurants et dans ce lieu de spectacle, le Bataclan, des femmes, des hommes, jeunes le plus souvent, qui appartenaient à plus de 20 nationalités et qui avaient la même envie de vivre et c’est pour cela qu’ils ont été tués. Mes pensées vont vers les proches de Nohemi GONZALEZ, cette jeune étudiante américaine qui était venue là aussi partager un moment de culture, de joie. Je pense aussi à ce groupe américain qui se produisait au Bataclan ; c’était le signe aussi que nos cultures se confondaient pour créer le même enthousiasme, frappé, fauché par les terroristes.

Nous avons devant nous un groupe terroriste qui s’est organisé sur un territoire, qui dispose de ressources importantes, qui prospère avec le trafic, trafic du pétrole, trafic de drogue, trafic des êtres humains et qui depuis le début de l’année n’a cessé de frapper de nombreux pays, le Danemark, la Tunisie, le Liban, le Koweït, la Turquie, l’Egypte et la Russie avec ce crash qui s’est produit, provoqué par Daech. Alors avec le président OBAMA nous voulions aujourd’hui à l’occasion de cette rencontre d’abord partager notre farouche détermination à lutter contre le terrorisme partout, à vouloir aussi dire au monde que nous ne laisserons pas faire ceux qui veulent annihiler, détruire ce que nous avons construit génération après génération ; nous ne laisserons pas abîmer le monde et face à Daech nous devons avoir une réponse commune, collective et implacable.

Nous sommes unis, la France et les Etats-Unis, pour donner cette réponse. Sur le plan militaire il s’agit de détruire Daech partout où il se trouve, de couper ses sources de financement, de traquer ses dirigeants, de démanteler ses réseaux et de reconquérir les territoires qu’il contrôle. Nous avons donc décidé, le président OBAMA et moi-même, d’intensifier nos frappes en Syrie comme en Irak, d’élargir leur portée, de renforcer les échanges de renseignement sur les cibles que nous devons viser. La priorité est la reprise des points clés occupés par Daech en Syrie. Il est également urgent de fermer la frontière entre la Syrie et la Turquie pour qu’aucun terroriste ne vienne notamment en Europe pour perpétrer des actes barbares, ceux que nous avons connus. Nous avons aussi décidé de travailler avec nos partenaires de la coalition en Irak et de soutenir tous ceux qui combattent au sol Daech et de faire en sorte que ces forces-là puissent être aidées, équipées par l’ensemble des pays qui veulent sur le plan militaire détruire Daech.

La résolution du Conseil de sécurité qui a été votée à l’unanimité vendredi dernier, qui a été proposée par la France et soutenue par les Etats-Unis, nous donne les moyens d’agir ; c’est ce que fait la France en ce moment même. Le porte-avions Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale et multiplie nos capacités d’intervention. Hier, nous avons à nouveau et pour la sixième fois depuis les attentats frappé Raqqa. Par ailleurs, nos avions ont poursuivi l’appui aux combattants irakiens dans la région de Ramadi et de Mossoul dans le cadre de la coalition. Ensuite, sur le plan du renseignement, le président OBAMA et moi-même avons, et c’était dès la nuit du drame, encore renforcé notre coopération, nos échanges d’informations et je salue aussi tout ce que nous faisons pour que les expertises des uns et des autres soient mises au service du contrôle des mouvements que peuvent emprunter les terroristes de façon à ce que nous ne laissions pas faire, parce que ce qu’ils veulent c’est terroriser bien au-delà de la Syrie ou de l’Irak ou des pays voisins, ce qu’ils veulent c’est d’une certaine façon créer l’effroi partout pour que nous puissions douter de nous-mêmes, pour que nous puissions prendre des décisions qui seraient contraires même à ce que nous voulons pour la liberté ou pour le droit. Là aussi nous ne céderons pas. Mais en même temps nous devons nous défendre et utiliser les moyens du renseignement.

Sur le plan diplomatique, nous travaillons à une transition politique crédible en Syrie. Dans le cadre du processus de Vienne, et je salue le travail que font John KERRY et Laurent FABIUS pour trouver un calendrier précis permettant un cessez-le-feu, le plus rapide sera le mieux, et l’ouverture d’un processus conduisant au départ de Bachar el-ASSAD. Car comment imaginer que les Syriens puissent se réunir, se rassembler avec celui qui est à l’origine de ce qui a été l’un des plus grands massacres de ces dernières années, près de 300 000 morts ? Il doit y avoir une transition politique, il doit y avoir un gouvernement d’union mais qui doit conduire au départ de Bachar el-ASSAD.

L’Europe, et Barack y est revenu, est directement concernée par la crise syrienne d‘abord parce qu’il y a cette menace terroriste, ensuite parce qu’il y a des milliers de réfugiés qui fuient les bombardements du régime et les atrocités de Daech. Les abandonner à leur sort serait renier ce que nous sommes. C’est pourquoi je refuse l’amalgame entre migrants et terroristes mais en même temps nous devons contrôler les frontières et notamment ce qui aujourd’hui est en cause, c’est-à-dire traverser la mer entre la Turquie et la Grèce -au risque même de la vie des personnes qui fuient- et c’est pourquoi le rôle de la Turquie est important et que nous devons avec la Turquie trouver des solutions pour que les réfugiés restent au plus près de leur pays d’origine et que nous puissions être sûrs qu’il y aura sur la frontière les contrôles indispensables.

Jeudi, je me rendrai à Moscou pour y rencontrer Vladimir POUTINE. Je lui dirai que la France peut travailler avec la Russie si elle concentre son action militaire sur Daech, sur l’Etat islamique et si elle s’engage pleinement pour la recherche d’une solution politique en Syrie. C’est ce que nous voulons faire, c’est-à-dire unir tous les pays, tous ceux qui ont la volonté de chercher et de trouver une solution politique en Syrie, de n’en écarter aucun mais de faire en sorte que cette solution politique puisse permettre d’éradiquer le terrorisme.

La semaine prochaine, c’est-à-dire dès lundi, il y aura à Paris la réunion de la Conférence sur le climat. Je n’imaginais pas le contexte dans lequel cette conférence pouvait se tenir et en même temps je me dis qu’il n’y a pas plus beau symbole, plus belle réponse que de la recevoir à Paris - là où il y a eu ces attaques, là où nous avons donné les réponses qui convenaient en termes de protection et de sécurité mais aussi de défense de nos principes et de nos valeurs. Il n’y a pas de plus beau symbole que de réunir la Conférence sur le climat à Paris avec 150 chefs d’Etat et de gouvernement. Jamais la France n’aura accueilli autant de responsables de la communauté internationale. Ils viennent pour régler la question du climat et pour chercher et trouver là encore l’accord indispensable pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et faire que nos enfants, nos petits-enfants vivent mieux et vivent tout simplement. Mais ils viennent aussi pour marquer leur attachement à la liberté, à la lutte contre le fanatisme, l’obscurantisme, l’extrémisme religieux, cet islamisme qui devient radical et devient à ce moment-là dangereux. Oui, ils viennent tous au-delà de leurs sensibilités, au-delà de leurs croyances, de leurs convictions pour affirmer le même principe, les mêmes valeurs avec un même mot, la vie, tout simplement la vie. Et c’est pourquoi je me félicite que le président OBAMA puisse nous permettre de réussir cette conférence.

Je salue non seulement les déclarations qu’il a faites tout au long de ces dernières semaines et ces derniers mois mais les engagements qu’il a pris au nom des Etats-Unis, au nom du monde. Il était très important qu’un des pays les plus puissants du monde, sans doute le plus puissant, donc le plus émetteur de gaz à effet de serre, puisse aussi être au rendez-vous de l’avenir comme il a été au rendez-vous de l’histoire. Parce que ce que nous avons à faire à Paris au début de la semaine prochaine c’est de montrer que la vie non seulement continue mais que la vie est protégée, que la vie est préparée, celle de nos enfants. La France et les Etats-Unis par leur histoire, par les valeurs qui ont constitué leurs deux nations, par l’esprit qui les anime ont cette responsabilité d’agir dans l’urgence pour le présent -c’est ce que nous avons à faire contre le terrorisme et contre cette organisation Daech- et en même temps de préparer l’avenir. Je suis dans ce contexte, même s’il est dramatique, heureux de pouvoir être aux côtés de Barack OBAMA pour lancer ce message au monde entier. Merci.

Dernière modification le 04/12/2015

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