Déclaration conjointe

Le président François Hollande et le Premier ministre Narendra Modi ont tenu un point de presse à l’issue de leur déjeuner de travail.

New Delhi, le 25 janvier 2016


Déclaration conjointe à la presse avec le... by elysee

LE PRESIDENT : Monsieur le Premier ministre, j’ai conscience de l’honneur qui est fait avec cette invitation à participer au jour de la République, honneur qui est fait à la France toute entière et qui témoigne de la relation exceptionnelle entre nos deux pays.

Oui, je suis fier de célébrer avec vous l’anniversaire de votre Constitution, celle de l’Inde démocratique, celle d’un pays ouvert, pacifique et allié de la France.

Je tenais à venir ici pour répondre à cette invitation prestigieuse et en même temps pour ouvrir une nouvelle étape du partenariat stratégique qui a été établi en 1998 entre la France et l’Inde.

Je voulais aussi être là pour saluer l’action du Premier ministre MODI qui a été particulièrement bienvenue lors de la Conférence sur le climat à Paris.

Je savais quelles étaient les espérances que portait le Premier ministre. Je savais aussi quelles pouvaient être ses réticences. Il voulait que la justice climatique puisse être proclamée dans cet accord. Il voulait que les pays en développement, les pays les plus vulnérables puissent bénéficier de financements élevés. Il voulait enfin que l’innovation puisse être partagée. Que la technologie puisse être diffusée et que ce qu’il avait proposé pour son pays, avec un plan pour l’énergie solaire, puisse être également porté à l’échelle du monde tout entier.

Alors si avec Laurent FABIUS nous avons pu être heureux de saluer l’accord de Paris, nous savons à qui nous le devons et notamment au Premier ministre MODI.

Il l’a dit lui-même « la France et l’Inde ont fait le choix d’un partenariat stratégique qui contient en lui-même des exigences pour la sécurité, pour la défense, pour la stabilité ».

La France et l’Inde sont conscients des menaces qui pèsent sur la paix et notamment le terrorisme ; parce que nos deux pays en ont été victimes ces derniers mois. Je remercie le Premier ministre MODI et le peuple indien pour le soutien qu’il nous a apporté lors de ces épreuves, aussi bien en janvier qu’en novembre de l’année dernière. La France n’oubliera jamais ces gestes d’amitié venant du monde entier et particulièrement ici de l’Inde, qui je le rappelle, avait été frappé par des actes terroristes dont des Français avaient d’ailleurs pu être victimes.

Nous savons qui nous a frappés. C’est Daech, qui d’ailleurs revendique ses crimes, qui exhibe les auteurs de ses forfaits, de ses assassinats, qui diffuse des images atroces ; je l’affirme ici, nous ne nous laisserons jamais impressionner et ces provocations odieuses amplifient encore la résolution qui est la nôtre, qui est la mienne pour protéger les Français à travers des décisions que j’ai prises et que j’ai confirmées. Mais aussi pour frapper, frapper encore cette organisation qui nous menace et qui tue nos enfants.

C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, le Premier ministre MODI et moi-même d’intensifier notre coopération contre le terrorisme, de renforcer les échanges de renseignement, de lutter encore davantage contre les trafics qui alimentent le terrorisme. Nous avons même décidé une feuille de route pour lutter contre tous les trafics et notamment dans l’Océan indien et pour assurer la sécurité maritime. Nous avons également mis en place, dans le domaine de la cybersécurité, des instruments qui pourront renforcer nos systèmes de défense.

Je remercie le Premier ministre MODI pour les paroles qu’il vient de prononcer notamment sur la coopération militaire entre la France et l’Inde.

Lorsqu’il est venu en avril dernier il avait affirmé son souhait de faire l’acquisition de 36 avions Rafale. Nous avons travaillé depuis. Je rappelle que ces avions sont ceux-là même qui aujourd’hui luttent contre Daech en Syrie et en Irak et montrent leur efficacité.

Nous venons de signer par nos deux ministres de la Défense un accord intergouvernemental. C’est une étape décisive pour que l’Inde puisse acquérir ces avions et pour que la France les mette à la disposition d’un grand pays comme l’Inde.

Je m’en félicite. Il reste des aspects financiers qui seront réglés dans les jours prochains ; mais l’essentiel est fait aujourd’hui. En avril c’était une déclaration, aujourd’hui c’est un accord entre nos deux gouvernements et entre nos deux pays. Je suis heureux que la confiance soit au rendez-vous ; la confiance de l’Inde à l’égard de l’industrie française, de la défense, la confiance de la France à l’égard de l’Inde, car nous sommes dans le « make in India » et je tiens à m’inscrire dans cette perspective.

Je suis ici aussi et le Premier ministre l’a rappelé, pour mettre en œuvre les engagements que nous avons pris lors de la Conférence de Paris.

La coopération, -je l’ai dit- entre la France et l’Inde a été déterminante parce que l’Inde a fait le choix d’une ambition élevée pour produire 40 % de son électricité d’ici 2030 avec du renouvelable. Alors la France doit être aux côtés de l’Inde.

Nous avons donc décidé une coopération exceptionnelle d’abord pour les villes intelligentes, nous étions hier à Chandigarh, une ville historique, une ville où la France et l’Inde ont déjà coopéré et nous allons donc à travers cet exemple, mais aussi d’autres villes, Nagpur, Pondichéry, il y en a 100 qui sont dans le programme du Premier ministre, donc nous allons mettre notre expertise, nos compétences, celles de nos entreprises, au service de cette belle idée des villes intelligentes.

Avec notamment l’assainissement, la gestion des déchets, l’économie circulaire, de nombreux accords ont été signés aujourd’hui et d’autres le seront demain.

Puis il y a l’alliance solaire internationale. Au départ c’est une idée, - tout part toujours d‘une idée-, ensuite c’est un rêve qu’il puisse être possible de conclure une alliance internationale pour le développement de l’énergie solaire.

Aujourd’hui c’est un accord qu’on fait, puisque nous allons poser la première pierre de cette alliance et que nous allons pouvoir ouvrir à au moins 100 pays, la possibilité d’accéder à l’énergie solaire.

Là encore, la France a voulu être à l’initiative avec des rassemblements d’entreprises, Terawatt et ces entreprises-là sont directement mobilisées pour l’alliance solaire.

Nous avons signé tout au long de ce déplacement – qui n’est d’ailleurs pas terminé – de nombreux accords sur les transports, les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la santé, la culture et je veux remercier tous les chefs d’entreprise qui m’ont accompagné et qui ont permis d’aboutit à ces résultats.

Ils ont tous compris que s’ils voulaient se développer ici en Inde, il fallait partager la technologie, il fallait s’inscrire dans l’esprit du « make in India ». Il y a 1000 entreprises françaises présentes en Inde. Il y a des investissements qui ne cesseront de progresser et dans tous les domaines. Je ne voudrais pas que l’on parle que de défense, car il y a tellement d’autres secteurs qui ont été concernés, même si c’est vrai le Rafale a valeur de symbole.

Mais nous avons aussi développé une coopération en matière de spatial. C’est un domaine dans lequel l’Inde et la France travaillent depuis cinquante ans, et le nucléaire civil. Quel plus bel exemple de confiance peut-on avoir, lorsque que nous partageons une technologie sur le nucléaire civil ?

Là aussi les choses ont considérablement progressé et avancé puisque nous sommes dans la perspective de construire 6 EPR à Jaïtapur. Nous avons bon espoir que d’ici un an nous puissions conclure.

Vous avez l’Inde et vous, monsieur le Premier ministre, confiance dans la technologie, dans l’innovation, dans la recherche, nous aussi. Qu’un grand pays comme l’Inde, pays le plus peuplé au monde et qu’un pays comme la France avec son histoire, puissent se retrouver dans cette même confiance dans la science, dans la recherche, c’est un signe que les démocraties sont vaillantes, que les démocraties sont productives, que les démocraties sont innovantes. Et nous avons aussi développé des coopérations en matière de recherche, d’enseignement supérieur et enfin de culture. Car nos deux pays sont épris de culture.

Vous souhaitez que nous puissions mettre la technologie au service de la culture, monsieur le Premier ministre, vous avez parlé de votre ville, Bénarès, vous souhaitez que nous puissions diffuser ensemble tout ce que le patrimoine contient d’œuvres, tout ce que aussi le Mahatma Gandhi a pu produire comme idées, pour que le monde puisse s’en inspirer.

La technologie peut être aussi utilisée par les démocraties pour lutter contre celles et ceux qui veulent la haine et la mort. Et face à eux, il faut que nous puissions nous organiser pour aussi produire l’espérance, l’accomplissement de l’humanité. C’est le projet que nous formons ensemble. Et c’est la raison pour laquelle cette visite est exceptionnelle. Exceptionnelle parce que elle se situe le jour où vous faites votre fête de la Constitution ; exceptionnelle parce que nous avons à cœur de délivrer les résultats de la Conférence sur le climat ; exceptionnelle parce que nous avons renforcé notre partenariat stratégique ; exceptionnelle parce que de la défense à la culture nous défendons le même idéal. Merci.

Dernière modification le 29/01/2016

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