Discours à l’occasion du dîner d’Etat en République d’Inde

Le président François Hollande s’est exprimé lors du dîner d’État donné en son honneur par le président de l’Inde.

New Delhi, le 25 janvier 2016


Toast lors du dîner d'État à Rashtrapati Bhavan par elysee

A l’occasion de ma deuxième visite ici, en Inde et à la veille du jour de la République de votre fête nationale, 66 ans après l’adoption de votre Constitution, la France célèbre avec vous les valeurs qui nous réunissent : la liberté, l’égalité, la fraternité puisque ces mots figurent dans votre texte fondamental.

Demain matin, j’assisterai avec ma délégation au défilé ; c’est la cinquième fois qu’un dirigeant français en est l’invité d’honneur. C’est une marque de confiance qui permet de comprendre les liens qui unissent nos deux pays.

En 2008, les troupes indiennes ont participé pour la première fois aux cérémonies du 14 juillet sur les Champs-Elysées ; en vérité, des soldats indiens avaient déjà défilé dans Paris. Ils avaient combattu sur le sol de France pour la liberté de notre pays alors envahi, c’était pendant la Première Guerre mondiale. Le Premier ministre MODI leur a rendu hommage lors de sa visite en France, c’était en avril dernier, au mémorial de Neuve-Chapelle dans le nord de mon pays. La France n’oubliera jamais leur bravoure et leur sacrifice.

Je forme donc le vœu que l’Inde puisse être à nouveau l’invitée d’honneur de notre Fête nationale. Cette année, un contingent français va marcher aux côtés des troupes indiennes ; c’est aussi historique et c’est un symbole puissant, celui de notre alliance ; une alliance pour la paix.

Notre partenariat stratégique signé en 1998, est solide ; il est nécessaire pour la sécurité de nos deux pays, pour la stabilité dans la région et pour le monde.

La France et l’Inde n’ont pas d’ennemis dans le monde sauf un, le terrorisme et il a frappé durement

l’Inde comme la France. La menace majeure aujourd’hui est celle de Daesh qui étend ses réseaux assassins partout et jusqu’en Asie. La France le combat en Irak et en Syrie.

Je vous remercie, Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, pour le soutien de l’Inde à cet effort. Quand l’Inde est agressée de quelque manière que ce soit, elle peut aussi compter sur le soutien de la France. C’est pourquoi nous avons conclu un accord sur la défense qui va bien au-delà de la fourniture de matériel, même si c’est vrai que les avions Rafale font partie de ce que nous partageons, c’est-à-dire notre technologie et aussi l’efficacité dans nos actions militaires.

Monsieur le Président, ces deux dernières journées de ma visite avant la troisième, répondent à tous les espoirs que le Premier ministre MODI et moi-même avions voulu formuler depuis le mois d’avril. Nous avons conclu de nombreux accords, des investissements français majeurs ont été engagés ou annoncés, contribuant au « make in India ». Les entreprises françaises et certaines ici sont présentes à travers leurs dirigeants, sont nombreuses à faire le choix de l’Inde et veulent se développer ici, parce qu’ici c’est l’avenir.

Nous avons aussi une coopération dans beaucoup d’autres domaines et notamment économique, culturel, scientifique, universitaire parce que nous considérons que l’Inde et la France peuvent apporter une contribution éminente pour peser sur le destin du monde et nous l’avons montré. A Paris, en décembre dernier, nous avons été capables -tous les pays de la communauté internationale réunis- de conclure un accord sur le climat. Nous n’aurions pas pu réussir sans l’Inde et nous devons maintenant le mettre en œuvre avec l’Inde. Nous faisons en sorte que les promesses de la conférence de Paris puissent être tenues.

C’est vrai, Monsieur le Président, j’ai visité hier la ville de Chandigarh, une ville qui incarne l’histoire franco-indienne voulue par le Pandit Nehru et qui est aussi une ville d’avenir. L’histoire, c’est celle que l’architecte Le Corbusier avait représentée, à travers la modernité des années 50 et 60. Aujourd’hui, c’est une autre modernité que nous devons engager à travers les villes intelligentes et nous avons conclu les accords nécessaires pour la réussite de ce projet à Chandigarh, qui va devenir une ville modèle à la fois verte et intelligente, mais aussi dans de nombreuses villes de l’Inde qui pourront être reliées aussi par des lignes de chemin de fer rapides.

Aujourd’hui, monsieur le Premier ministre et moi-même avons lancé l’Alliance Solaire internationale. Tout doit être fait pour que cette alliance puisse apporter au plus vite l’énergie qui est attendue par de nombreuses populations dans le monde. Cette alliance doit également contribuer à faire émerger des technologies, à les partager pour qu’elles soient moins coûteuses et plus performantes. La révolution « safran » que vous annonciez pour l’Inde, Monsieur le Premier ministre, est déjà engagée et la France va y consacrer des moyens importants.

Nous voulons également participer aux projets de recherche dans tous les domaines et notamment les biotechnologies et ce sera un projet qui pourra nous unir dans l’océan Indien car je rappelle que la France est présente dans l’océan Indien à travers ses territoires.

Monsieur le Président, la France et l’Inde sont deux grandes cultures, deux grandes civilisations qui n’ont jamais fini de se rencontrer et de se découvrir. La France est fière d’accueillir près de 4.000 étudiants indiens - c’est encore trop peu et nous voulons faire davantage. Nous avons aussi ce privilège d’accueillir 400.000 Indiens qui viennent découvrir la France ; c’est trop peu ; la France et l’Inde méritent davantage.

Nous avons de nombreuses personnalités du cinéma, du spectacle du vivant, de la littérature qui m’accompagnent dans ce déplacement ; je voulais en effet que cette visite puisse aussi correspondre à une volonté, celle de mettre en dialogue nos cultures, de les promouvoir parce qu’elles font partie de l’amitié qui nous lie. André Malraux disait de votre pays qu’il avait une sorte de charge de l’esprit, eh bien le monde encore aujourd’hui a besoin de l’esprit de l’Inde, de la richesse de sa civilisation védique multimillénaire où le plus lointain passé se mêle à la plus vibrante des modernités. Le monde a besoin de l’Inde, de votre grande culture riche de 17 langues ; le monde a besoin de la plus grande démocratie du monde qui respecte toutes les croyances et toutes les religions.

Telle est l’ambition que je porte : construire avec vous un avenir commun entre la France et l’Inde mais au service de la planète toute entière ; et c’est cet esprit-là qui me conduit à lever mon verre pour saluer l’amitié entre la France et l’Inde.

Dernière modification le 29/01/2016

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