Discours à la Communauté française en Inde

En visite d’État en Inde, le président François Hollande s’est adressé à la Communauté française de New Delhi.


Discours à la Communauté française de New Delhi par elysee

New Delhi, le 26 janvier 2016

Monsieur l’ambassadeur, merci de nous recevoir ici. Je ne sais pas si c’est une cérémonie des César ou si c’est la réception de la Communauté française. Je crois comprendre que c’est la Communauté française qui est ici rassemblée et chers compatriotes, je vous remercie d’être venus à notre rencontre.

Il est vrai que c’est un lieu ici très particulier, parce que c’est la France et parce que nous sommes en Inde. Je me félicite que des tournages puissent avoir lieu y compris dans nos résidences et dans nos ambassades parce que nous avons besoin de ces échanges. Je remercie Elsa ZYLBERSTEIN d’avoir fait cet hymne au cinéma et à la liberté devant la ministre de la Culture, devant le ministre des Finances, ce n’était pas forcément inutile non plus et je pense que vous mesurez ce que représente cette visite.

C’est en effet la deuxième que j’effectue comme Président de la République en Inde, mais elle a cette année et en ce début d’année un caractère très particulier. Parce que c’est après les attentats qui ont eu lieu au mois de novembre à Paris, parce que c’est aussi après la conférence sur le climat au sein de laquelle l’Inde a joué tout son rôle et notamment le Premier ministre MODI. Il y avait nécessité de traduire les engagements qui avaient été pris à Paris ici en Inde. Enfin, parce que nous étions associés, que dis-je, invités pour cette journée de la République.

Non seulement je représentais la France pour ce défilé, mais nous avions également un régiment et c’était la première fois que des troupes françaises défilaient aux cotés des armées indiennes. Je veux saluer ce régiment, le 35ème régiment d’infanterie de l’armée de terre. Je vous demande de l’applaudir parce qu’il a défendu nos couleurs, porté nos couleurs à l’occasion de ce défilé, mais également assuré au Liban, en Afghanistan, au Mali, en Mauritanie les missions qui ont été confiées par les Présidents de la République successifs.

Aujourd’hui même, ce régiment assure non seulement la sécurité de cette Ambassade, enfin je l’espère avec d’autres, mais la sécurité de nos compatriotes dans l’hexagone, puisque ce régiment est associé à l’opération Vigipirate, donc Sentinelle.

J’ai été très fier donc de vous représenter pour ces cérémonies, et les autorités indiennes tenaient à ce que la France soit invitée d’honneur. Nous avons cette chance d’être aimés par les Indiens, comme d’ailleurs par beaucoup de peuples dans le monde.

Que nous vaut cette situation, ce privilège, cette affection ? D’être un pays qui porte des valeurs, des idéaux. Dans la Constitution indienne il y a la devise de la République française « liberté, égalité, fraternité ». Dans les idéaux que porte l’Inde, il y a cette volonté d’offrir le progrès à tous.

Nous sommes aussi un pays de culture. La culture ce n’est pas simplement une qualité de l’âme ou un budget que l’on doit financer. La culture c’est ce qui nous permet d’être au-delà de nous-mêmes, de partager des émotions, d’accueillir aussi toutes les cultures du monde. Les Indiens l’ont parfaitement compris en venant d’ailleurs nombreux dans un certain nombre de nos festivals et prochainement au festival de Cannes pour un film indien, mais aussi dans les journées que nous organisons pour faire découvrir les arts, les civilisations.

Dans le défilé d’aujourd’hui il y avait d’ailleurs cette volonté de l’Inde de montrer toute la diversité de ses Etats, de ses cultures et même de ses langues, même si nous ne les comprenons pas toutes, sauf vous qui êtes maintenant familiers aux 17 langues reconnues officiellement par la République indienne.

Nous sommes aimés aussi parce que nous défendons âprement la liberté, partout où elle est attaquée. Notamment dans notre propre pays lorsque nous sommes frappés par le terrorisme. L’Inde aussi a été frappée par le terrorisme, c’était à Bombay il y a quelques années. Nous avions soutenu l’Inde lorsqu’elle était dans l’épreuve et maintenant, c’est l’Inde qui vient nous apporter sa solidarité.

Je rappelle qu’à Bombay il y avait eu aussi des morts de Français. Nous sommes donc tous conscients que le terrorisme peut frapper partout et frappe toutes les populations, ne distingue pas d’ailleurs entre les nationalités ou entre les religions. Nous en avons eu hélas confirmation lors des attentats du 13 novembre.

Nous sommes ici rassemblés parce que cette visite était exceptionnelle. Exceptionnelle parce que nous voulions montrer qu’il y a entre la France et l’Inde un partenariat stratégique qui est capable de s’enrichir étape par étape et qui porte pour l’essentiel sur la sécurité, mais aussi sur la recherche, la technologie.

M’ont accompagné dans ce déplacement beaucoup de chefs d’entreprise et je les en remercie, beaucoup d’universitaires, des femmes et des hommes de culture parce que nous voulions donner à notre partenariat une dimension nouvelle.

D’abord en faisant en sorte que nous puissions ensemble, Inde et France, assurer encore davantage notre sécurité, notamment dans l’Océan indien puisque la France par ses territoires d’Outre Mer est présente dans l’Océan indien. Beaucoup de concitoyens français, par exemple à l’Ile de la Réunion, sont d’ailleurs d’origine indienne.

Nous avons les mêmes préoccupations, la sécurité maritime. Nous avons donc défini une feuille de route, le Premier ministre MODI et moi-même, pour que nous puissions assurer cette coopération dans l’Océan indien.

Nous avons également parlé de ce que nous pouvions faire dans la lutte contre le terrorisme, comment nous pouvions échanger les informations d’avantage, comment nous pouvions coopérer à travers nos services de renseignement. Je veux remercier ici tous ceux qui s’y dévouent et y contribuent.

Nous avons aussi parlé de matériel militaire, c’est vrai. Je veux remercier Jean-Yves Le DRIAN, le ministre de la Défense d’abord parce qu’il assure, sous mon autorité, la sécurité partout à l’extérieur et à l’intérieur. Aussi parce qu’au regard l’excellence de nos matériels, il fait en sorte que notre industrie de Défense puisse trouver une promotion. Non pas que vendre des armes corresponde à un objectif que nous aurions fixé. Mais parce que lorsqu’un pays ami - et c’est le cas de l’Inde - peut acquérir un matériel militaire dont nous savons l’excellence, alors oui nous sommes heureux de pouvoir signer. Cela a été le cas hier avec un accord intergouvernemental entre la France et l’Inde qui permettra ensuite aux entreprises – en l’occurrence DASSAULT, THALES, et d’autres - de fixer les modalités. Nous pensons pouvoir terminer, c’est-à-dire conclure dans quelques jours ou quelques semaines, mais je ne veux pas en dire davantage. L’essentiel, c’était le but aussi de ce voyage, était de sceller cette coopération entre la France et l’Inde sur le plan de la défense et de signer cet accord intergouvernemental entre nos deux pays pour l’acquisition par l’Inde des Rafale.

Il y avait une autre dimension qui était la dimension climatique puisque l’Inde a joué le rôle que j’ai rappelé pour la négociation de l’accord de Paris, qui est quand même une très grande réussite pour la diplomatie française, Laurent FABIUS était avec nous. C’est également une très belle démonstration que, lorsque la communauté internationale veut décider, elle peut y parvenir. Ce qui d’ailleurs vaut pour le climat devrait valoir également pour d’autres sujets. Je pense à la crise en Syrie, je pense aussi au conflit israélo-palestinien, je pense à un certain nombre de situations qui sont laissées à elles-mêmes alors que la communauté internationale devrait montrer sa responsabilité. Dans cette conférence de Paris, l’Inde a donc joué son rôle et a proposé de conclure une alliance internationale sur le solaire. J’ai donc veillé à ce que nous puissions poser la première pierre de cette alliance qui rassemble 130 ou 140 pays, également des entreprises et des groupes financiers. Nous avons donc le Premier ministre MODI et moi-même hier, suivi par des parlementaires et des élus, pris le métro.

Je dois dire que les passagers qui nous ont vus dans le métro étaient les premiers surpris et nous aussi. Sans doute les services de sécurité également. C’était une belle idée de vouloir justement montrer que nous empruntions un transport propre qui nous emmenait vers le site où sera installé l’alliance internationale pour le solaire.

Là, nous avons confirmé les engagements financiers de la France et surtout nous avons proposé à nos amis indiens que les entreprises françaises qui m’accompagnaient et qui elles-mêmes s’étaient rassemblées dans une association, puissent être partie prenante des installations solaires comme d’ailleurs nous en avons déjà réalisé un certain nombre ici. Que nous puissions être les partenaires industriels de l’Inde pour faire davantage de production d’énergie solaire, davantage de renouvelable, davantage d’efficacité énergétique et même participer à ce grand programme des villes intelligentes.

Villes intelligentes : nous sommes allés à Chandigarh dimanche. C’est une ville où la trace française est forte puisque LE CORBUSIER qui est également Suisse, je dois le reconnaître, a laissé des immeubles dont l’on peut à juste raison s’enorgueillir et une modernité qui dans les années 1950/1960 était un symbole. Symbole de la relation entre la France et l’Inde et symbole aussi de ce que voulait l’Inde, être dans la modernité. Etre un pays qui a une forte tradition, une culture, une civilisation mais qui est dans la modernité. C’est le même processus aujourd’hui que le gouvernement indien veut engager, avec cette ville, Chandigarh, peut-être d’autres, sans doute d’autres, pour donner toute la technologie à ces villes là et qu’elles puissent franchir des étapes sur la gestion des déchets, sur l’assainissement, sur la mobilité sur l’économie circulaire. C’est une opportunité considérable pour nos entreprises et elles sont prêtes à relever le défi.

Nous avons aussi parlé économie et c’était bien légitime parce qu’il y a dans cette période où nous nous interrogeons sur l’économie mondiale, un trait dominant chez les économistes : c’est qu’ils sont toujours inquiets. Il y a sûrement des raisons. Les politiques font en sorte de calmer les inquiétudes et on les accuse d’être optimistes. En fait, nous devons prendre la réalité telle qu’elle est avec ce qu’elle peut apporter effectivement de danger, mais aussi de chance.

Il se trouve que le prix du pétrole est à son niveau le plus bas. Il y a quelques mois nous aurions dit le pétrole est à 30 dollars le baril, c’eût été des cris de joie, enfin pas de la communauté française d’Inde nécessairement mais enfin pour beaucoup. Le prix aujourd’hui, enfin la pompe, un litre de gazole, je le dis pour ceux qui ne sont pas revenus en France depuis un certain temps et qui voudraient stocker, est à moins d’un euro. C’est d’une certaine façon une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat mais, en même temps, le fait que le prix soit aussi bas fait que les pays producteurs achètent moins et donc commandent moins et cela a des conséquences sur l’économie mondiale. Il n’y a jamais finalement une situation parfaite. De la même manière l’économie chinoise montre des signes de ralentissement, cela ne sera pas 9 % de croissance mais peut-être 6,5. Tout le monde s’inquiète donc.

L’économie indienne reste, elle, sur un niveau de croissance semble-t-il supérieur à 7 %. Nous devons faire en sorte que les entreprises françaises puissent participer de cette capacité de production de l’économie indienne. Je vous remercie d’abord, vous qui êtes là, beaucoup représentant des entreprises françaises, de contribuer à notre commerce extérieur. Nous avons aussi une conception ici qui fait d’ailleurs notre succès, c’est que nous sommes pour le made in India. Le made by France in India, c’est le slogan que nous pouvons si c’est possible, détourner de façon à ce que nos entreprises puissent fabriquer ici, mais avec la technologie française et en induisant des créations d’emplois en France aussi. Dans de nombreux domaines là encore, nous avons pu signer des accords sur les infrastructures, sur les transports. Vous savez qu’ALSTOM a signé un contrat sur les locomotives qui est considérable et qu’AIRBUS a pu vendre 250 avions au groupe INDIGO, dont j’ai rencontré tout à l’heure le dirigeant. Nous avons aussi des perspectives dans le nucléaire civil et c’est vrai que la France est le troisième investisseur ici en Inde avec près de 1 000 entreprises françaises qui y sont implantées et avec aussi des PME, parce que j’ai voulu et je veux remercier Business France, que les PME puissent elles aussi faire partie de ce voyage.

Me tournant vers les lauréats des VIE, il est très important d’avoir des jeunes qui viennent aider au commerce extérieur, qui viennent aider les entreprises françaises. Ce sont des jeunes des universités, des grandes écoles qui peuvent ainsi acquérir une expérience et être utiles aux autres, car en servant l’économie française à l’étranger, ils servent l’emploi dans notre pays.

J’ai souhaité qu’il y ait le service civique. Nous amplifions encore notre possibilité d’offres de missions et je considère que les VIE sont une forme de service civique permettant à l’économie française de trouver des débouchés. Je veux remercier donc ces jeunes et les lauréats et souhaiter qu’ils puissent demain être, ou des cadres dirigeants, ou des créateurs d’entreprise ou même des fonctionnaires s’ils le décidaient, cela peut arriver et notamment à l’ambassade. Saluons aussi les efforts, Monsieur l’ambassadeur, de tous les services car beaucoup de compliments vous ont été adressés, par rapport à l’accueil que les entreprises françaises peuvent recevoir ici par nos fonctionnaires. Je veux les en remercier.

Nous avons également développé les échanges culturels. Nous avons eu l’occasion de rencontrer un certain nombre de personnalités encore pour le déjeuner : des créateurs, des designers, des artistes de cinéma. Je pense que là aussi, cela peut être entre nos deux pays un facteur de développement. Développement des échanges d’artistes, d’universitaires, de scientifiques mais également développement sur le plan économique.

Les industries culturelles sont un levier pour la croissance et c’est une chance en France de disposer d’opérateurs de très haut niveau. Rien ne serait possible s’il n’y avait pas les alliances françaises et je veux ici saluer les treize qui existent. J’ai visité celle de Dehli et c’était effectivement tout à fait remarquable. A la fois les animations, les cours qui y sont délivrés, ce qui permet quand même à beaucoup d’Indiens, soit dans le système scolaire, soit hors du système scolaire, d’apprendre le français.

Je sais qu’une quatorzième alliance française va s’ouvrir à Bénarès, c’est-à-dire la circonscription du Premier ministre indien. Je pensais que c’était intelligent de faire en sorte que nous puissions, là aussi, montrer que le français a toute sa place. Car il est important, dans un grand pays comme l’Inde, de montrer que le pluralisme linguistique est une chance pour tous, y compris pour les Indiens qui peuvent parler le français.

Je veux aussi rappeler que nous accueillons beaucoup d’étudiants indiens en France, quatre mille, mais c’est trop peu. J’ai donc fait la proposition que nous puissions en recevoir davantage. De la même manière, nous accueillons quatre cent mille touristes indiens en France, c’est trop peu. Nous ferons donc en sorte de faciliter les choses. Par ailleurs, sur toutes les politiques de visa, nous avons aussi fait en sorte que ceux qui veulent venir en France même dans ces circonstances, même dans ces conditions, même lorsque nous devons assurer notre sécurité, puissent le faire car c’est notre devoir : ne rien fermer, ne rien empêcher, ne rien entraver.

Permettez-moi aussi de saluer les établissements scolaires français : l’école française internationale de Bombay, l’école de Chennai, le lycée français de Delhi, celui de Pondichéry. C’est d’abord une condition pour que nos compatriotes puissent disposer d’un service public exemplaire. Cela nous permet aussi de scolariser un certain nombre de jeunes Indiens dans notre langue et dans notre culture. Je veux aussi vous dire que nous ferons tout pour que ces établissements puissent encore se moderniser, puissent encore être davantage à votre portée. Il est vrai que les conditions de scolarité sont onéreuses et que nous faisons en sorte, par un système de bourse, de pouvoir compenser ces frais.

Enfin, vous dire que ce qui compte dans un voyage comme celui-là, au-delà des réceptions officielles, des mots que je dois prononcer, des visites que je peux faire dans tel ou tel lieu, entreprise ou autre, ce qui compte c’est le rapport humain. Ce que je voulais, avec le Premier ministre MODI, je l’ai rencontré cinq fois l’année dernière, c’était établir une relation personnelle qui nous permette à tout moment de nous parler et d’agir ensemble. Faire en sorte que les Indiens puissent voir en la France non pas simplement un partenaire fut-il stratégique, non pas simplement un allié mais un pays ami. Pour qu’il y ait ces relations, beaucoup dépend des chefs d’Etat, de gouvernement sans doute, des ministres, des parlementaires, mais beaucoup de vous.

C’est vous qui permettez que la France soit aimée. Je fais souvent cette réflexion et je la faisais encore lors de cette rencontre avec un certain nombre de personnalités indiennes. Je leur posais la question : « Mais pourquoi vous nous aimez ? Pour quelles raisons ? Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? Qu’est-ce qui justifie que vous ayez cette affection, cette curiosité, ce regard ? ». La réponse est toujours la même : « Ce que l’on aime dans la France, c’est sa capacité de créer, c’est cette volonté d’être libre, c’est d’être toujours là où l’on voudrait qu’un grand pays soit ». C’est ne pas simplement parler d’économie, même s’il faut de l’économie parce que sans économie, il n’y a pas de capacité à nous défendre. Nous sommes capables de porter un idéal qui va au-delà même de notre pays. Pour que cet idéal puisse être regardé comme universel, il faut qu’il y ait des femmes et des hommes, vous, qui viviez partout dans le monde pour porter les couleurs françaises. C’est la raison pour laquelle je vous exprime aujourd’hui toute ma gratitude.

Dernière modification le 03/02/2016

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