Discours au dîner d’Etat franco-indien

Monsieur le Premier ministre, cher Narendra MODI,

Je vous remercie infiniment de commencer votre voyage par la France, le premier en Europe, en tant que Premier ministre de l’Inde. La France, vous la connaissez, vous y êtes venu à plusieurs reprises avant d’être Premier ministre. Et vous aviez été sur les traces de GANDHI et de VIVEKANANDA, le grand penseur hindouiste. A travers vous et votre délégation, je salue l’Inde, la plus grande démocratie du monde par sa démographie – un sixième de l’humanité – par sa vitalité économique, culturelle et je salue l’Inde comme l’un des alliés les plus importants de la France et comme un fidèle ami.

Des milliers de soldats indiens, je ne l’oublie pas et vous l’avez rappelé cet après-midi, ont donné leur vie pour la liberté de la France et celle de l’Europe au cours de la Première guerre mondiale. Vous leur rendrez hommage demain à Neuve-Chapelle et j’exprime ici la reconnaissance de mon pays pour leur bravoure.

Votre présence ce soir, Monsieur le Premier ministre, marque une nouvelle étape de notre relation déjà riche : nous avons renforcé le partenariat stratégique qui avait été signé en 1998 et qui nous permet d’être convaincus que ce cadre-là est le bon pour mener les projets communs dans les secteurs qui relèvent du plus haut niveau de confiance entre les Etats, c’est-à-dire la sécurité, la défense, l’énergie, le spatial. Quand des pays sont capables de se mettre d’accord sur ces sujets essentiels, c’est qu’ils ont ensemble une conception commune de leur avenir.

Je prends d’abord comme illustration la coopération spatiale qui est la plus importante de l’Inde avec un pays européen ; nous en célébrons aujourd’hui le 50e anniversaire. Et demain, vous serez à Toulouse, Monsieur le Premier ministre, pour visiter le Centre national d’études spatiales. Deuxième exemple : le nucléaire civil. Nous avons ici réaffirmé ensemble notre volonté d’avancer rapidement sur la construction de six réacteurs EPR à Jaitapur. Il s’agit de répondre aux besoins énergétiques de votre pays. Dans le domaine de la défense, nous avons une coopération depuis longtemps, qui est étroite et qui est solide. La France a su montrer à l’Inde qu’elle serait toujours à ses côtés, y compris et j’allais dire surtout dans les moments difficiles. Et c’est un engagement que je vous renouvelle ici. Des avancées importantes ont pu être réalisées aujourd’hui et je pense notamment aux négociations sur le contrat RAFALE qui ont progressé puisque vous avez annoncé cet après-midi votre décision de lancer des discussions dans un délai très court avec la France, pour la fourniture de 36 appareils RAFALE. C’est une marque de confiance. C’est un signe qui démontre que vous avez pour la France, pour ses matériels, pour ce qu’elle peut vous apporter, une grande expérience, et aussi une sérénité par rapport à la qualité de ces matériels. Mais c’est aussi une volonté que j’exprime ici, de partager nos technologies et de partager ces fabrications conformément à ce qu’est votre programme du « Make in India ».

L’Inde et la France sont ensemble, ont ce partenariat d’exception pour le mettre au service de la paix et de la sécurité et c’est la raison pour laquelle nous avons, nous la France, la volonté que l’Inde rejoigne le Conseil de sécurité des Nations Unies comme membre permanent.

L’Inde et la France – mais nous ne sommes pas seuls – ont un ennemi commun : le terrorisme, cette barbarie qui frappe partout et qui n’a pas épargné nos deux pays dans la période récente. Chacun a en mémoire ici les attentats de Mumbaï en 2008, attentats terribles… attentats qui ont fait de nombreuses victimes et parmi elles, deux Français.

Je veux aussi vous remercier pour le soutien que vous avez exprimé au nom de votre pays, à la France lorsqu’elle a été elle-même frappée par des attentats en janvier dernier. Et d’ailleurs c’est toute la société indienne, sa presse, qui a démontré là encore sa solidarité à l’égard de la liberté d’expression.

L’Inde est un grand pays qu’on ne doit plus appeler « émergent ». C’est l’un des moteurs de l’économie mondiale avec un taux de croissance supérieur à 7%. Votre objectif, c’est de conduire l’Inde vers le progrès et de conduire des centaines de millions d’Indiens vers l’autonomie, ceux-là mêmes qui vivent encore dans la pauvreté. Vous avez réaffirmé vos priorités ; nous les comprenons : l’éducation, la jeunesse, l’accès à la santé, l’égalité entre les femmes et les hommes. La France entend accompagner l’Inde dans son développement.

Ici, il y a des hommes et des femmes qui représentent ce que nos deux pays ont comme vertus d’excellence, et notamment des chefs d’entreprise qui, dans votre pays, ont réussi à s’installer, à investir, à gagner votre confiance et aujourd’hui emploient près de 300.000 personnes. Nous voulons aussi – je l’avais annoncé lors de mon voyage en Inde en juillet 2013 – nous voulons aussi qu’il y ait davantage d’investissements indiens en France dans des secteurs comme l’automobile, le ferroviaire, l’aéronautique, l’informatique mais également aussi dans les secteurs sidérurgiques, nous sommes heureux de pouvoir accueillir des investisseurs qui viennent de votre pays. Nous savons aussi que nous sommes capables de partager des technologies de pointe dans les transports, dans les énergies renouvelables – et je rappelle par exemple que les entreprises françaises produisent déjà 10% de l’énergie solaire indienne.

J’en arrive à la responsabilité qui est la nôtre, celle de permettre que la planète elle-même puisse être préservée. La France va accueillir la conférence sur le climat à la fin de l’année. Je sais, Monsieur le Premier ministre, que vous êtes pleinement conscient de ces enjeux. Vous avez vous-même fixé des objectifs très ambitieux en matière d’efficacité énergétiques. Nous avons beaucoup à apprendre y compris pour préparer la conférence sur le climat, de votre civilisation, des Védas, souvent cités par vous lorsqu’il s’agit de climat et qui donnent une place essentielle à la recherche d’un équilibre entre l’homme et la nature ; et vous avez écrit un livre admirable sur ce sujet.

Il ne peut pas être question que nous puissions opposer la lutte contre le réchauffement climatique et le développement ; le développement fait partie de la lutte contre le réchauffement climatique. Et l’accord de Paris, car il y aura si nous y travaillons ensemble, un accord à Paris, devra permettre d’accélérer le développement, de contribuer à la sécurité énergétique et d’améliorer la vie de tous.

Je veux conclure sur la force des relations humaines entre nos deux pays : il y a 100.000 Indiens qui vivent en France. Ce sont des artistes, des sportifs, des chercheurs d’origine indienne, qui sont parmi nous ce soir ; et puis aussi des travailleurs qui sont venus en France, ou des citoyens qui ont la double nationalité et qui sont venus par les mouvements de l’histoire. Nous sommes fiers de leur présence et de leur contribution. Nous voulons également accueillir plus d’étudiants indiens en France. Et si le chiffre a été multiplié par deux, il reste dérisoire à l’aune de ce qu’est l’Inde : il n’y a que 2.500 étudiants indiens en France. Nous sommes prêts à en accueillir bien davantage.

Nous avons aussi une ambition commune : développer le tourisme dans nos deux pays. 350.000 Indiens viennent visiter la France chaque année et près de 300.000 Français ont la chance de découvrir l’Inde chaque année. Nos deux pays ont la chance d’avoir un patrimoine exceptionnel et de nombreux accords maintenant existent entre des établissements culturels et vous-même m’avez fait une proposition : que nos musées puissent être à votre service pour porter une offre culturelle en Inde. Nous avons aussi la volonté de développer une coopération exemplaire notamment en matière de cinéma car chacun sait que l’Inde est l’un des premiers producteurs de films au monde.

Monsieur le Premier ministre, un grand penseur indien devant la statue duquel vous vous êtes arrêté aujourd’hui à l’UNESCO, Sri AUROBINDO, disait que l’impossibilité n’est qu’un ensemble des plus grandes possibilités non encore réalisées. Voilà un excellent programme : parvenir à mobiliser tout ce qui n’a pas encore été fait et qui paraît impossible ; mais ensemble nous pouvons y parvenir parce que nos deux pays ont cette même ambition, c’est de porter des valeurs. Des valeurs dans la démocratie, dans le progrès, dans la science, dans la liberté et dans la culture et avec ces valeurs-là, nous voulons rendre l’impossible pas simplement souhaitable mais accessible.

C’est au nom de ces valeurs, de ces principes et de ces libertés que je lève mon verre pour saluer la présence ici du Premier ministre indien et que je dis : Vive l’Inde ! Vive la France ! Vive l’amitié franco-indienne !

Dernière modification le 16/04/2015

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