Forum économique franco-indien

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Forum économique franco-indien

Vendredi 10 avril 2015

Paul HERMELIN : Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre. Nous venons de réunir à Paris hier la 7e édition du Forum économique franco-indien qui s’était réuni pour la première fois à l’occasion de la visite de Jacques CHIRAC, Président de la République, en Inde, et qui s’était réuni à la fois lors de votre visite, Monsieur le Président de la République, à Delhi il y a deux ans et à Paris par la suite. Ce forum a été fortement revitalisé notamment à l’initiative du Premier ministre MODI, avec notamment un fort renforcement du contingent des représentants indiens, au nombre de 16, dans lequel nous avions à la fois de très grandes entreprises indiennes et pour la première fois, nous accueillions des entreprises publiques et privées. A ces 16 entreprises indiennes répondait la présence de 24 entreprises françaises en tâchant pour la première fois de répondre à certains défis qui nous avaient été posés. Nous avons tenu une réunion pendant toute la journée d’hier avec une très forte présence, une très forte assiduité et nous n’avons pas manqué d’être frappés par l’extrême énergie des participants indiens – ce qui va être commenté par mon co-chairman, Dhruv SAWHNEY - notamment liée à la fierté des participants indiens d’avoir le sentiment de participer à une nouvelle période de la dynamique indienne et donc nous avons abordé un agenda complet dans lequel il y avait des secteurs en faisant attention de ne pas faire double emploi avec les réunions que le Premier ministre MODI aurait ce matin au MEDEF puisqu’il y traitait des problèmes d’infrastructures et de défense.

Donc hier, nous nous sommes occupés d’énergies, énergies conventionnelles et énergies nouvelles, renouvelables ; et d’eau et de déchets, donc des thèmes autour de l’environnement et de la pollution, chers à un membre du gouvernement ici présent. Nous avons également parlé à l’initiative de la partie indienne, d’agri-business et notamment de ce qu’on appelle en anglais le food-processing, donc le traitement des produits alimentaires, sur lequel la France a beaucoup de références et d’industries high-tech. Puis nous avons traité de sujets transversaux, qui étaient à la fois la contribution des entreprises françaises aux efforts d’éducation de l’Inde et au sujet plus général et parfois contentieux qui était : est-il facile de faire du business en Inde et en France ? Donc ces sujets ont été traités et nous sommes arrivés sur des conclusions et j’ai le plaisir de vous remettre les conclusions de ce document, Monsieur le Premier ministre, qu’on a rédigé tout à l’heure et monsieur SAWHNEY a choisi les couleurs qui représentent nos pays naturellement, bleu pour la France et les couleurs représentant l’Inde et donc je donne la parole maintenant à Dhruv, sur le contexte général.

Dhruv SAWHNEY : Merci Paul. Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président de la République, j’aimerais commencer par remercier le gouvernement français, mon homologue, pour son hospitalité dans cette grande ville. C’est un véritable privilège. C’est la 7e fois que je co-préside le forum et j’y ai été associé depuis seize ans, mais je dois dire que c’est le meilleur forum auquel j’ai participé. Je souhaiterais donc féliciter tous les participants. Ce forum a été extrêmement productif, extrêmement pratique. Je crois que nous avons eu un niveau de participation totalement sans précédent de la part des représentants indiens à la fois des secteurs publics et secteurs privés et ceci illustre toute l’énergie qui est investie. Notre production industrielle a doublé, notre économie est en bonne forme et toute cette excitation, toute cette bonne volonté a été partagée, importée également par nos homologues français. Et nous pensons néanmoins que les dirigeants français doivent reconsidérer le « Make in India » et je pense qu’en une journée, nous sommes arrivés vraiment déjà à quelque chose d’exceptionnel mais qu’avec ce nouveau gouvernement, nous sommes parvenus à nous défaire d’un certain nombre de clichés ; nous avons une nouvelle approche notamment des questions administratives, des permis, une nouvelle approche de l’avenir et c’est une réunion extrêmement pratique qui s’est tenue et maintenant j’aimerais dire quelques mots de ce à quoi nous sommes parvenus en cette journée : nous avons créé cinq groupes task force comme on dit, des groupes de travail communs. Ces groupes sont composés de membres qui ont un potentiel d’investissement, qui ont soit déjà investi dans notre pays ou qui ont envisagé investir en Inde ; et la question est de savoir pourquoi ils ne l’ont pas encore fait. Ce sont des groupes qui concernent le secteur privé. Le premier groupe est sur l’énergie verte, à la fois les énergies conventionnelles et non conventionnelles. Nous regardons le gaz, nous regardons toutes les productions d’énergie et nous allons nous concentrer pour obtenir l’accès à l’énergie dans tous nos villages, pour tous, la distribution d’énergie qui est un point faible en Inde. Nous n’oublions pas bien sûr, au-delà des aspects conventionnels, les énergies renouvelables y compris la géothermie et bien sûr l’énergie éolienne.

Ensuite le deuxième groupe de travail est consacré à l’eau et au traitement des eaux usées. La partie française a recommandé qu’en Inde nous travaillions sur la question des déchets solides et nous allons évidemment travailler sur les déchets municipaux et la conversion de ces déchets solides en énergie est très importante parce que ça permet à la fois de traiter la question énergétique et également la question des décharges de déchets. Et l’une des choses que nous avons étudié, c’est comment introduire le niveau étatique et le niveau intermédiaire dans ces questions. Et nous nous attacherons à obtenir tous les permis nécessaires. Et Monsieur, si vous visitez l’Inde à nouveau, si vous vous rendez à nouveau en Inde Monsieur le Président, vous pourrez voir quels efforts sont faits pour nettoyer le Gange.

Troisième groupe de travail, les sciences de la vie. Et là nous étudions les médicaments à la fois génériques et les médicaments faisant l’objet d’un brevet. Et nous envisageons d’aller vers les pays du tiers-monde, en particulier en Afrique, parce que nous pensons apporter une valeur ajoutée. C’est le cas également pour tout ce qui concerne les déchets et l’eau. La défense et le domaine de l’espace, le quatrième groupe.

Et enfin, cinquièmement, le financement des infrastructures, parce qu’à défaut de financement, nous n’obtiendrons pas ce trillion et demi d’investissement. Tous les problèmes auxquels sont confrontés les investisseurs, nous les étudions. Nous nous sommes fixés un calendrier de quelques semaines : un mois et demi pour rassembler ce groupe de travail et ensuite un rapport d’ici trois à quatre mois. Nous avons également parlé d’un programme d’investissement en France et vous avez eu l’amabilité de nous recevoir au palais de l’Elysée, nous y sommes très sensibles et je pense que si vous me permettez d’être aussi direct, nous sommes identiques à cet égard : il nous revient de transformer l’image que l’on a de la France en Inde, pour que les investissements viennent. Notre Premier ministre l’a dit et effectivement il s’agit de faire en sorte que les Indiens considèrent investir en France. Je vous remercie de votre attention et je redonne la parole à mon co-président.

Paul HERMELIN : Compte-rendu exhaustif. Encore quelques autres groupes de travail. Nous avions été invités par la partie indienne à réfléchir à comment les entreprises françaises pourraient aider les instituts de formation indiens notamment pour créer des formations qui aient une pertinence technologique. Nous avions invité le président de l’école centrale SUPELEC, nous avions invité nos partenaires, notamment les industriels de l’aéronautique à parler des expériences à Toulouse et nous nous sommes engagés sur la base de ce que nous, CAPGEMINI, faisons déjà, puisque nous embauchons environ quinze mille personnes en Inde dont sept mille diplômés, jeunes diplômés, nous avons engagé des parrainages d’une douzaine d’IIT, qui sont des instituts technologiques ; nous allons faire de la même manière avec l’aide de nos collègues d’autres secteurs, des actions de parrainage d’écoles dans des domaines sectoriels choisis. Dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation, la France a une très forte réputation. On est plutôt dans un domaine en France où on aide les entreprises de moyenne taille, notamment pour toutes les activités de processing et nous avons entendu des exposés qui me paraissent intéressants et pertinents pour l’Inde s’agissant à la fois de la gestion et de l’optimisation de la chaîne du froid ; et par exemple, on nous expliquait que maintenant en France, on était capable de faire des yaourts qui, sans chaîne du froid, pouvaient être conservés dans de bonnes conditions alimentaires pendant six mois, donc qui sont des nouveaux défis qui probablement pourraient intéresser la partie indienne. Donc un travail très intéressant sur les produits alimentaires et leur conservation.

Et le sujet le plus compliqué était, Monsieur le Premier ministre, si vous me permettez, les difficultés de l’Inde en ce qui concerne le fait de faire du business. La première chose que nous avons remarqué, c’est que tous les incidents que nous avons pu répertorier, dataient d’avant l’ère MODI si je peux me permettre. Donc on avait des incidents mais nos participants ont voulu souligner quelques points essentiels qui étaient : premièrement et notamment lorsqu’on a des financements longs à faire, le besoin d’une clarté, d’une stabilité et d’une transparence des règles fiscales et autres puisqu’en contrepartie des engagements financiers de long terme, il fallait absolument une stabilité des règles. Le deuxième point qui est un peu un déficit permanent de l’Inde, qui est un Etat fédéral comme chacun sait, c’est parfois la forte hétérogénéité des régulations locales qui s’ajoutent aux régulations fédérales et qui posent des problèmes.

Sur ces bases, nous avons eu de longs échanges et nous sommes arrivés à une conclusion qui était que plutôt que de suggérer au gouvernement indien de nouvelles réformes – et nous ne doutons pas que l’administration va en proposer de nouvelles – nous proposons de choisir une dizaine de projets emblématiques parmi lesquels vous ferez votre choix, il reviendra au Premier ministre de choisir parmi ces douze propositions, cinq projets, sur lesquels nous proposons avec l’aide des task force, de montrer à tous les industriels français et au-delà, que nous sommes capables d’aller vite et fermement avec des investissements dans les délais requis et donc nous savons par exemple que certains de ces projets, sans aucun doute, concerneront les smart-cities chères au Premier ministre MODI et donc les entreprises françaises, dans les quelques prochains jours, en tout cas avant la fin du mois de mai, proposeront une dizaine de projets considérés comme emblématiques qui peuvent servir de porte-parole d’un nouvel état d’esprit et de nouvelles résolutions, sur lesquels nous espérons que l’Etat indien nous aidera à aller vite, à démontrer que cette fois-ci, les contrats sont respectés et peuvent aller au bout et donner lieu à des exécutions exemplaires. Voilà Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, la conclusion de nos travaux.

LE PRESIDENT : Bien, d’abord Monsieur le Premier ministre, une fois encore, bienvenue en France. Nous sommes très sensibles au fait que vous ayez choisi la France pour être votre première étape dans votre long voyage en Europe. Nous sommes également conscients que réunir des chefs d’entreprise français et indiens, à l’occasion de cette visite, c’est aussi un très beau symbole, qui ne doit pas rester qu’au niveau du symbole. Mais être capable de faire vivre une instance comme celle-là, avec des entreprises qui sont au plus haut niveau dans leurs domaines respectifs et dans leurs pays respectifs, c’est je crois la marque de la force de la relation entre l’Inde et la France.

Je voudrais remercier nos deux présidents qui animent ces groupes et dire que nous avons été extrêmement flattés, au meilleur sens du terme, que vous puissiez nous dire que c’était l’une, peut-être la séance, qui a été la plus fructueuse à l’occasion de la visite du Premier ministre. Le Premier ministre MODI a de grandes ambitions pour son pays et notamment pour amplifier la croissance qui est déjà significative et pour développer un certain nombre de projets, notamment sur l’appareil industriel indien, sur les économies d’énergie, sur aussi les grandes infrastructures de transports autour du développement durable avec un mot d’ordre qui est « Make in India » et nous sommes respectueux de ce programme qui correspond aux intérêts de l’Inde. L’Inde est un pays ami, donc les intérêts de l’Inde, sont les intérêts de la France. Nous ne partons pas de rien pour arriver à des résultats qui doivent être les plus élevés possibles puisqu’il y a de nombreuses entreprises françaises qui sont présentes sur le marché indien et certaines depuis longtemps.

Mille entreprises françaises ont fait l’effort d’investir en Inde et emploient 280.000 Indiens et permettent des coopérations industrielles majeures. Certaines sont plus connues que d’autres parce que plus emblématiques de la relation entre la France et l’Inde, ce partenariat stratégique – je pense au spatial, je pense à l’énergie, je pense aussi à tout ce qui est relatif à la défense – mais ce que nous devons faire aujourd’hui, au-delà de ce qui existe déjà, c’est amplifier les investissements dans nos pays respectifs. C’est vrai que j’avais lancé un appel quand j’étais venu en Inde et j’avais souhaité que des entreprises indiennes viennent investir en France. J’avais relevé tous les atouts que représente le site France. Beaucoup avaient insisté sur certains handicaps – il y en a toujours – et sur une certaine lourdeur, parfois sur des problèmes de financement, de simplification qui n’était pas forcément évidente. Et je crois que, et vos observations et mon appel ont été entendus puisque depuis juillet 2013, date de ma visite en Inde, il y a eu plusieurs entreprises indiennes qui ont fait le choix d’investir en France.

Mais aujourd’hui, je lance un appel aussi aux entreprises françaises puisque le Premier ministre MODI est là, pour qu’elles investissent massivement en Inde, compte tenu du programme qui a été présenté. Dans quels domaines ? Et c’est je crois le sens du travail que vous avez produit aujourd’hui : le premier domaine, c’est celui de l’énergie, aussi bien pour l’énergie nucléaire que pour l’énergie renouvelable, je pense que là nous avons des entreprises qui ont des niveaux technologiques très élevés et qui sont prêtes, Monsieur le Premier ministre, à partager, à transférer et donc à agir avec les entreprises indiennes pour porter de véritables partenariats. Nous pouvons d’ailleurs déjà en faire une illustration – j’ai évoqué le nucléaire, j’aurais pu aussi parler du solaire puisqu’il y a eu des très belles réalisations en matière d’énergie solaire – l’objectif pour le nucléaire, c’est d’aboutir à six réacteurs EPR sur le site de Jaitapur et nous avons travaillé pour aboutir à ce résultat. Le deuxième domaine, c’est le développement urbain. L’Inde connaît une vitalité démographique, connaît une transformation de ses villes, et nous devons là, répondre aux sollicitations qui nous sont faites et notamment à la mise en place des centres smart-cities et nous voulons y consacrer les moyens nécessaires.

J’ai annoncé au Premier ministre indien que la France mettrait à disposition de l’Inde à travers l’Agence française du développement, deux milliards de dollars… deux milliards d’euros, puisque maintenant c’est la même chose, donc faire en sorte que nous puissions être véritablement en soutien du développement durable de l’Inde. De nombreuses entreprises sont ici présentes et sont les leaders mondiaux de ce secteur et il y a des projets qui ont été d’ores et déjà identifiés – la ministre y est revenue – à Nagpur, Pondichéry, Chandigarh – mais tout doit se faire en coopération avec vous.

Troisième domaine, les transports, les infrastructures. L’Inde a annoncé un grand programme sur cinq ans sur la modernisation et l’extension de son réseau ferré, a déclaré souhaiter que des entreprises étrangères – j’ai compris donc françaises – puissent être associées et nous devons y répondre. Et il y a aussi ce beau projet de mettre une ligne de métro, ou plusieurs lignes de métro dans toutes les villes qui dépassent un million d’habitants en Inde – il y a de très nombreuses villes qui ont aujourd’hui dépassé ce seuil.

Autre domaine, la défense : c’est souvent celui qui est le plus médiatique mais il ne doit pas résumer la relation entre la France et l’Inde car ce serait bien sûr insister sur un domaine stratégique, la France et l’Inde ont besoin d’assurer leur sécurité ; la France et l’Inde ont un rôle mondial à jouer ; la France et l’Inde veulent lutter contre le terrorisme ; donc il est légitime que ces questions soient posées et traitées. Et donc il y a là aussi des projets qui avancent et qui doivent être conçus notamment en matière de défense sur le principe des transferts de technologie – ça vaut pour les missiles, les hélicoptères, les sous-marins, les avions – je n’insiste pas. Et il y a l’espace puisque c’est un domaine très important, très ancien, puisque c’est le 50e anniversaire de la coopération spatiale entre la France et l’Inde.

Et puis il y a un nouveau domaine que vous avez cité, c’est le domaine des sciences de la vie et là aussi nous pensons qu’il y a une coopération à mener dans tout ce qui est biotechnologie, dans tout ce qui est sciences du vivant, recherche médicale, de façon à ce que nous puissions agir et dans nos pays et ensemble sur un certain nombre de continents et de marchés extérieurs. Je crois que c’est très important que nous puissions nouer une alliance sur la question des sciences de la vie.

Je termine sur deux sujets essentiels qui sont des sujets transversaux au-delà des domaines.

Le premier, c’est le sujet du financement. Si nous voulons qu’il y ait des projets d’investissement où que ce soit, en Inde, en France, si nous voulons qu’il y ait des contrats qui soient passés, des exportations qui soient faites, il faut du financement et parfois il y a des contrats qui ne se font pas, il y a des investissements qui ne se réalisent pas, à cause des contraintes de financement non pas tant parce qu’il n’y aurait pas les liquidités, parce qu’il n’y aurait pas les ressources mais parce qu’elles ne sont pas adaptées aux contrats qui sont justement attendus. La France a voulu répondre à cette difficulté en améliorant le financement des exportations. Pourquoi ? Parce que nous avons relevé qu’entre deux contrats où nous étions les meilleurs en termes de prix, il suffisait que nous ne soyons pas les meilleurs en termes de financement pour le perdre. Donc je crois que c’est très important que la partie indienne, comme la partie française, se mette véritablement au travail pour régler la question du financement et nous y travaillons au plus haut niveau.

Le second sujet transversal c’est la formation, la formation des personnels lorsqu’il y a un partage de savoir-faire, un partage de technologies. Les entreprises concernées doivent assurer la formation, mais la formation ce n’est pas forcément lié à un contrat et avec le Premier ministre MODI, nous avons décidé de relever le niveau de notre coopération en matière universitaire, en matière scientifique et en matière de formation professionnelle parce que ce sera justement – Paul HERMELIN l’évoquait – une des façons de pouvoir justifier d’un investissement durable dans un pays concerné. Les entreprises françaises forment les personnels indiens et il convient aussi d’avoir cette volonté pour les étudiants et nous sommes prêts aussi à accueillir davantage d’étudiants indiens en France.

Je termine sur l’accueil des investissements. Je le disais au Premier ministre, la France et l’Inde sont des références en matière de démocratie, la France parce qu’elle pense l’avoir inventé et l’Inde parce qu’elle est la plus grande démocratie du monde. Mais la démocratie peut conduire à la complexité. Et nous sommes des modèles de complexité comme nous sommes des modèles de démocratie et j’entends ce qui a été dit par le forum d’aujourd’hui. Nous devons simplifier, nous devons stabiliser les règles, nous devons faciliter, nous devons répondre plus vite et ça, c’est un enjeu très important qui nous concerne et je sais que vous y êtes très attaché, c’est l’ambition que vous avez porté, c’est le programme que vous avez présenté et la France aussi fait un effort qui n’est pas toujours jugé suffisant de simplification, nous le continuerons, nous le simplifierons , nous l’amplifierons de stabilité. Nous avons même proposé et je pense qu’il est maintenant considéré comme un élément de visibilité, le pacte de responsabilité pour l’allègement des impôts et des charges et nous avons aussi la volonté de stabiliser les règles fiscales pour qu’aucune entreprise lorsqu’elle décide d’investir dans un pays et notamment le nôtre, ne puisse avoir la crainte que les règles vont changer au lendemain de l’investissement.

Donc voilà ce que nous voulons porter ensemble, nos deux pays, c’est d’être des pays avec une grande ambition industrielle, une grande ambition en matière de nouvelles technologies et une grande ambition de partenariat, de partenariat exceptionnel entre la France et l’Inde dont le forum est aujourd’hui une illustration.

Merci.

Narendra MODI : Je vous remercie, Excellence.

A tous ceux qui ont participé au forum des PDG, j’aimerais dire que c’est ma troisième réunion avec les participants de votre forum et dans les deux premières réunions, nous avons tenu des discussions assez détaillées. Nnous avons discuté notamment le secteur de l’infrastructure et de la défense. Et j’ai discuté de ces questions avec pratiquement tous les dirigeants dans ces domaines ainsi que les dirigeants dans le domaine de l’assurance et des finances. Ce que vient de dire Monsieur Paul (HERMELIN) et Monsieur JOOVE (ph.), et le rapport que vous venez de nous soumettre, mon équipe va l’examiner de près. Nous allons certainement répondre à vos suggestions là où il serait nécessaire de prendre des décisions politiques ou introduire des initiatives administratives après cette étude. Nous allons examiner tout cela de façon à ce que les investisseurs français en Inde et les investisseurs indiens qui voudraient collaborer ou travailler en collaboration avec la France ou venir investir en France pour faciliter ce processus. Le gouvernement de l’Inde ne ménagera aucun effort pour faciliter ce processus.

Je désire aussi que les sociétés, non je ne désire pas que les sociétés indiennes deviennent des multinationales, nous ne voulons pas non plus que les sociétés indiennes restent au sein des frontières indiennes seulement, quand j’ai parlé avec monsieur le Président, il m’a dit qu’il allait inviter les sociétés indiennes à venir ici, investir et travailler ici en France et pour moi, c’est très encourageant. Si les sociétés indiennes viennent travailler ici en France, elles vont vite apprendre acquérir les habitudes et les méthodes de travail, l’esprit de risque des sociétés françaises et pourront petit à petit devenir des sociétés multinationales. Pour ce qui est deses sociétés françaises quel que soit leur niveau d’investissement, d’innovation, de production, de fabrication, elles doivent venir vendre en Inde. Vous avez besoin d’un marché évidemment et aujourd’hui, votre plus grand marché, ce n’est pas l’Inde. je crois que l’Inde aujourd’hui est le plus grand marché dans le monde mais c’est aussi plus que celaAujourd’hui, lepays qui connaît la croissance économique la plus rapide, c’est l’Inde dans les six derniers mois selon tous les indices des organisations internationales qu’il s’agisse de la banque mondiale, du FMI, de Moody’s. Toutes ces agences ont déclaré que l’Inde connaissaitt la croissance économique la plus rapide aujourd’hui dans le monde. Il s’agit là d’une combinaison assez rare : d’une part, vous avez le marché ; d’autre part, vous avez l’opportunité de fabrication et ensuite, vous avez un gouvernement progressiste, il s’agit d’un pays où 65% de la population a moins de 25 ans, il y a un dividende démographique qui s’annonce. L’Inde est une démocratie, et donc, quel que soit le niveau d’investissement, finalement, la personne qui investit, se soucie de sa propriété intellectuelle évidemment mais en même temps, est soucieuse de son investissement et de sa propre sécurité. C’est cette sécurité que peut garantir la démocratie et s’il s’ agit d’une démocratie dynamique, alors les choses sont facilitées. S’agissant de la démocratie et des valeurs humaines, la France et l’Inde partagent les mêmes idées, les mêmes principes, les mêmes traditions. C’est pour cela que nous sommes des alliés naturels, des partenaires stratégiques. Les relations entre la France et l’Inde sont très anciennes. Aujourd’hui, la France a aussi des relations avec l’Afrique, qui remontent à des siècles et il faut saluer le soutien de la France à des pays africains. La France ne s’ingèrepas en Afrique, elle se soucie de l’Afrique. Les Indiens aussi ont joué un rôle très important dans la transformation des économies en Afrique, et même si nous n’avons pas des intérêts directs dans les pays africains, l’Inde et la France s’intéressent au développement de l’Afrique et aux intérêts de l’Afrique. Pourquoi ? Parce que nous partageons les principes, nous partageons nos traditions, vous voyez, demain, je vais visiter le Mémorial de la Première Guerre mondiale, et il s’agit là d’un événement qui sera écrit en lettres d’or dans les manuels d’histoire. Nous avons des relations très émotionnelles parce que l’on n’aurait jamais pu imaginer qu’il y a une centaine d’années, l’Inde avait envoyé ses soldats soutenir la France sans avoir aucun intérêt dans ce soutien. L’Inde n’allait rien tirer de cela. Il y a des centaines de milliers de soldats indiens qui sont venus ici participer ; lutter côte à côte avec les Français et des milliers d’Indiens ont sacrifié leur vie pour quelqu’un d’autre, pour un autre pays et la France est très fière du fait et n’oublie jamais le fait que les Indiens avaient lutté à leurs côtés. A l’occasion de cet anniversaire de la Première Guerre Mondiale, je vais visiter ce Mémorial. Donc nous avons une histoire qui remonte à cent ans et même plus et aujourd’hui je vois que s’il y a une attaque terroriste à Paris, l’Inde partage les sentiments des Français et si l’Inde connait une attaque terroriste, la France le ressent tout comme les Indiens. Ça, c’est vraiment rare, le partage de tels sentiments, le partage de ces valeurs, de ces principes, c’est ça qui nous lie.

Pour ce qui concerne les affaires, eh bien, l’homme d’affaires va là où il peut attendre des bénéfices, il n’attend personne, il cherche les opportunités. Moi, ma tâche, c’est d’assurer et de rassurer les hommes d’affaires. Vous, vous avez l’habitude de travailler selon certaines méthodes. Si vous arrivez à trouver la même méthode ailleurs, vous n’aurez pas de problème et je vous assure que vous allez trouver les mêmes méthodes de travail, les mêmes processus de prise de décision, les mêmes politiques, le même niveau de transparence en Inde que ceux que vous connaissez en France. Vous allez vous sentir comme chez vous et c’est très important que la communauté d’affaires se sente chez elle. Ç’est une responsabilité pour notre gouvernement ; nous allons l’assumer, nous allons faire tout ce qui est possible.

Donc tout ça, ce sont des calculs que l’on fait mais il y a un autre calcul qu’il faut faire, c’est quelque chose à laquelle on n’a pas pensé. Vous innovez beaucoup, vous travaillez beaucoup dans le domaine de la fabrication, il n’y a aucun secteur dans lequel la France n’a pas innové, où la France n’a pas de technologies, où la France ne fabrique pas et vous avez chez vous nombre de sociétés qui travaillent dans 30 ou même jusqu’à 100 pays à l’extérieur de la France. Est-ce que vous avez pensé à ce que sera, d’ici vingt ans ou vingt-cinq ans, le problème le plus grave auquel le monde sera confronté ? D’ici vingt ou vingt-cinq ans notamment dans le secteur de la fabrication, vous allez faire face à un énorme problème de main d’œuvre qualifiée. Si vous voulez disposer d’une main d’œuvre qualifiée, pour l’avenir, c’est en Inde que vous allez la trouver puisque c’est là que 65% de la population a moins de 25 ans. D’ici vingt ans ou vingt-cinq ans, il y aura une pénurie de main d’œuvre de par le monde. Elle commence déjà même dans les pays les plus développés, alors là, c’est la main d’œuvre de l’Inde qui va servir au monde et vos industries où qu’elles soient installées, vous allez trouver la main d’œuvre en Inde essentiellement. Si vous investissez aujourd’hui en Inde, d’une part, vous allez faire des bénéfices, mais vous allez en même temps préparer la main d’œuvre de l’avenir qui va non seulement vous servir d’ici vingt-cinq ans, mais servir aussi le monde entier. Ce sera une situation gagnant / gagnant. Je vous invite donc à venir travailler en Inde dans les différents secteurs dont nous avons déjà parlé, mais aussi dans le secteur du nettoyage, la modernisation des chemins de fer, de l’assurance, puisqu’on a déjà 49% dans les assurances dans les dix derniers mois. Il y a nombre d’initiatives qui ont été prises par le gouvernement en faveur de la communauté d’investisseurs. Donc c’est un tapis rouge qui est déroulé pour vous et je vous assure que je m’efforcerai de vous apporter tout ce dont vous aurez besoin.

Je vous remercie beaucoup de m’avoir donné l’occasion de vous parler. Merci.

Dernière modification le 16/04/2015

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