RENDEZ-VOUS avec Laëtitita Sieffert

Laetitia Sieffert travaille avec GROUPE SOS à Mumbai et pratique intensivement le bharata natyam, une danse classique d’Inde du Sud.

- Quand êtes-vous arrivée en Inde et dans quelles conditions ?

Je suis arrivée à Bombay en Juillet 2014, pour un poste de Coordinateur Pays avec le GROUPE SOS, le groupe leader de l’entrepreneuriat social en France. J’avais déjà effectué plusieurs séjours en Inde, dans les villes de Chennai, Mumbai, et Delhi, et j’aspirais à revenir en Inde. Mon installation s’est réalisée dans de bonnes conditions, facilitée par un réseau d’amis et de contacts déjà sur place... Pas besoin de devoir solliciter une multitude de brokers, je savais déjà où m’installer à mon arrivée - ce qui est un grand luxe à Bombay. Je connaissais déjà la ville, son trafic, sa mousson, et étais donc préparée à revivre l’expérience, mais cette fois-ci en m’installant pour de bon !

- Qu’êtes-vous venue y chercher ?

La première fois que je suis arrivée en Inde, à Chennai, je ne connaissais pour ainsi dire rien de l’Inde et ne pensais pas du tout m’installer un jour dans ce pays ! Au cours de mon séjour, je me suis passionnée pour une danse classique du Tamil Nadu, le bharata natyam, qui a été une véritable porte d’entrée sur la découverte de l’Inde. J’ai énormément appris par l’intermédiaire de la danse : les codes sociaux, le respect du guru, les différences de rapport signifiés par la caste, l’attente, les non-dits, la sueur... En venant m’installer à Bombay, je suis venue chercher cette densité de vie à l’indienne : une vie rythmée par la danse, les couleurs, les bruits de la ville, la chaleur. Une vie trépidante, certes fatigante, qui défie nos limites chaque jour et tranche avec une vie plus posée à l’européenne.

- Pouvez-vous partager ici l’esprit de la danse que vous pratiquez ?

Pour replacer dans le contexte, il s’agit d’une danse classique d’Inde du Sud, autrefois enseignée par des maîtres de danse (les nattuvanars) aux danseuses dédiées au temple (les devadasis). Respectées pour leur culture, leur raffinement, leur dévouement aux dieux, les danseuses bénéficiaient alors d’un statut social hors pair. Au début du XXe siècle, pour diverses raisons, le statut social des devadasis s’érode, la communauté de danseuses et de maîtres de danse manque de disparaître. Dans les années 1950, la danse suscite un regain d’intérêt, et prend alors le nom de "bharata natyam".

Ainsi, les chorégraphies de bharata natyam que j’ai le privilège d’apprendre aujourd’hui par mon maître de danse, Guru Vasanth Kumar du Rajarajeswari Bharata natya Kala Mandir, ont été transmises depuis plusieurs générations par voie orale au sein de cette grande famille de nattuvanars... J’éprouve donc un immense respect pour cette danse et suis extrêmement reconnaissante d’avoir la chance d’étudier auprès de mon guru.

Quant à l’esprit de la danse, il s’agit en réalité d’une combinaison de danse technique dite "pure" (nritta) et de danse expressive (natya), souvent utilisée pour narrer des passages de la mythologie hindoue. Selon les pièces de danse, ces deux éléments se retrouvent seuls ou combinés. Le bharata natyam se caractérise par des frappes de pieds, en gardant les jambes courbées (position d’aramandi). L’artiste danse généralement en solo, le maître de danse scande des syllabes rythmiques (sollukattus), tandis que l’orchestre de musique carnatique accompagne l’ensemble.

- Quels projets avez-vous en tête ?

Je me sens très inspirée par l’entrepreneuriat social, secteur dans lequel je travaille en ce moment. En Inde, les possibilités de créer des business ayant aussi un impact social sont multiples... C’est très excitant de travailler dans ce domaine, et cela donne des idées ! Je garde toujours un oeil ouvert sur de possibles opportunités !

Quant à la danse, je continue mon apprentissage traditionnel du bharata natyam auprès de mon guru, tout en essayant d’avoir des projets innovatifs par ailleurs. Je travaille en ce moment sur une pièce qui allie danse contemporaine et technique du bharata natyam, et sur la mise en scène de contes pour les enfants... Mais à Bombay, tout prend du temps... Et il n’est pas facile de trouver des artistes prêts à coopérer, des salles de répétition, des salles de spectacles... Il faut s’armer de patience et garder le cap ! J’espère pouvoir bientôt arriver à la concrétisation de ces projets, mais ce n’est pas gagné.

- Quels conseils donneriez-vous aux français de passage dans la région ?

Outre le quartier touristique traditionnel de South-Bombay / Colaba, je trouve qu’il est toujours agréable (et reposant !) d’aller se promener à Malabar Hill, en commençant par le temple jaïn, puis en descendant sur le Banganga Tank... En tant que danseuse, je recommanderais de regarder la programmation du NCPA, les représentations de bharata natyam ne sont pas si fréquentes mais il y a un certain nombres d’évènements et spectacles qui en valent la peine ! Je conseille également le quartier de Matunga, avec les temples, les marchés de fleurs, les cantines végétariennes, pour expérimenter les senteurs d’Inde du Sud. Et enfin, pour avoir un peu d’air frais marin, il faut aller faire un tour sur la Promenade à Bandra ou à Juhu beach, où l’on peut d’ailleurs s’arrêter au Novotel ou Sun and Sand face à la mer.

Dernière modification le 06/08/2015

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