Visite de l’Ambassadeur à Chandigarh

L’ambassadeur Ziegler s’est rendu à Chandigarh pour la cérémonie de presentation du buste du Maharaja Ranjit Singh, offert par l’Etat du Punjab à la Ville de St-Tropez, ville natale du Général Allard, conseiller militaire du Maharaja au XIXè siècle.

Chandigarh, le 12 juillet 2016

Allocution de l’ambassadeur

Monsieur le Chief Minister,

Mesdames et Messieurs,

C’est avec grand plaisir que je viens pour la première fois à Chandigarh en tant qu’Ambassadeur de France en Inde, et je suis particulièrement heureux que cette visite se fasse à votre invitation, à l’occasion d’un événement dont je mesure bien la portée, puisqu’il s’agit de célébrer l’histoire des relations franco-indiennes dans ce qu’elles ont de plus beau, de plus personnel, de plus sentimental. C’est donc avec une profonde gratitude que j’accepte au nom de la France le magnifique cadeau que vous nous faites. Car, au-delà du buste en lui-même, qui sera un marqueur des relations spécifiques qui unissent St Tropez et le Pendjab, et par là-même nos deux pays, c’est votre amitié que vous nous offrez, et il n’y a rien de plus précieux.

Mais revenons à l’Histoire, car c’est sur elle que se base cette relation exceptionnelle. Cette histoire, je voudrais la rappeler très brièvement pour ceux qui ne s’en souviendraient pas bien. Elle commence en 1785, dans une petite ville du Sud de la France, St-Tropez, avec la naissance de Jean-François Allard. C’est à l’âge de 18 ans, en 1803, qu’il commence une glorieuse carrière militaire dans les armées de Napoléon, qu’il servira si vaillamment qu’il recevra la Légion d’Honneur des mains de l’empereur lui-même.

Mais à l’abdication de Napoléon en 1815, Allard, virulent bonapartiste s’est retrouvé, à 30 ans et après 12 années de services militaires remarquables, assigné à résidence à St-Tropez. Trois ans plus tard, il obtint l’autorisation de se rendre chez l’un de ses oncles, en Italie. C’est cet oncle qui l’enverra recouvrer une dette à Alep, et le présentera à Abbas Mirza, prince couronné de Perse. De là, après avoir servi Abbas Mirza qui devra le renvoyer à la demande des Anglais, Allard partit pour Kaboul avec son compatriote Ventura. Enfin, au cours de ce périple, en mars 1822, Allard et Ventura rencontrèrent pour la première fois le Maharaja Ranjit Singh, qui luttait pour l’indépendance de son royaume contre la présence britannique. De cette rencontre providentielle entre Allard et Ranjit Singh va naître une coopération exceptionnelle et une longue amitié, qui se transmet jusqu’à nous.

Pour Ranjit Singh, Allard avait l’avantage de n’être ni Sikh, ni Hindou, ni Musulman. Il pouvait donc commander en toute neutralité des soldats de ces différentes communautés. Ranjit Singh lui confia d’abord l’entraînement de 5 000 hommes, puis de 20 000, puis 40 000. Cette armée était sur le modèle des armées françaises de Napoléon, y compris pour les uniformes. L’armée britannique ne l’a jamais vaincue du vivant d’Allard et de Ranjit Singh, qui sont tous les deux décédés en 1839

Le général Allard a épousé une jeune princesse pendjabi, Bannu Pan Deï, qui lui donnera sept enfants. En 1835, Allard repartit en France pour solliciter l’aide du roi Louis-Philippe contre les Anglais. Il sera de retour eu Pendjab en 1837, avec armes et munitions, et aussi des plans de fabrication d’armes à feu. Il fut ainsi l’un des précurseurs de la coopération militaire franco-indienne et des transferts de technologies d’armements !

Lors de son retour en France, Allard voulait aussi établir sa famille à St-Tropez, où sa femme s’est finalement éteinte et a été enterrée, tandis que lui, qui a donné jusqu’à son dernier souffle au service d’un pays qui était devenu le sien, a été enterré au Pendjab. Lors de la cérémonie d’installation du buste de Ranjit Singh à St-Tropez le 17 septembre, un buste de la princesse Bannu Pan Deï, offert par la famille Allard et les Communautés sikhes d’Europe, sera aussi installé aux côtés de celui de son mari (qui est déjà en place) et du buste que vous nous offrez. Je ne peux que vous encourager à venir à St-Tropez à l’occasion de cette cérémonie et aussi, bien sûr, pour découvrir les charmes de la Côte d’Azur.

Cet événement de septembre à St-Tropez s’inscrira dans la cadre plus général du festival « Namasté France » organisé sur l’ensemble du territoire par l’Ambassade de l’Inde en France de septembre à novembre et qui sera suivi du festival « bonjour India », ici, en Inde. Ces deux initiatives répondent à un impératif : souligner les rapports d’amitiés existant entre la France et le sous-continent Indien à travers les années et favoriser les échanges et les liens de coopération entre nos deux nations. Par son illustre enfant, Jean-François Allard, Saint Tropez répond à cette ambition. Le festival de l’Inde à St-Tropez comprendra donc notamment, outre l’inauguration des bustes, des conférences et une exposition historique sur les relations franco-penjâbies.

Si tout cela voit le jour, si l’amitié franco-indienne est si forte aujourd’hui, c’est notamment par l’exemple de ce héros historique qui a tissé des liens indéfectibles. Je tiens donc à vous remercier encore une fois, M. le Chief Minister, de les faire revivre et de les renforcer par votre beau geste d’amitié.

Dernière modification le 18/07/2016

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