Visite du ministre de le Défense en Inde

Discours du ministre de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian

File photo : Rafale aircraft during Indo-French Air Exercise “Garuda V”
File photo : Rafale aircraft during Indo-French Air Exercise “Garuda V”
June 2014

New Delhi, le 23 septembre 2016

Seul le prononcé fait foi

Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les industriels et dirigeants d’entreprises,
Chers membres de l’Equipe France,

Je suis heureux d’être parmi vous. Nous venons de vivre une journée historique. Vous le savez, il y a près dix ans, l’Inde lançait l’appel d’offre pour le renouvellement de sa flotte de combat. Presque une décennie plus tard, c’est le RAFALE qui vient de remporter cette compétition de longue haleine, exigeante jusqu’au dernier instant.

Nous avons travaillé sans relâche, nous n’avons ménagé aucun effort, pour rendre possible la bonne intégration des différentes dimensions, industrielles et techniques bien sûr, mais également politiques et diplomatiques, toutes indispensables à la réussite de ce projet, que nous célébrons aujourd’hui.

L’Inde vient donc, une nouvelle fois, de faire confiance à la France et au groupe Dassault pour la modernisation de son arme aérienne. Avec l’acquisition de 36 chasseurs, le Rafale rejoint de glorieux prédécesseurs : l’Ouragan, le Jaguar, le Mystère, le Mirage-2000.
Car depuis 1953, la défense du ciel indien repose en partie sur les avions français. Et c’est avec joie, avec l’immense fierté des grandes réussites collectives, que je peux dire ce soir qu’il en sera de même pendant des décennies encore.

Avec la livraison du Rafale à l’Inde, nous continuons donc d’écrire l’histoire du partenariat stratégique entre nos deux pays. C’est d’autant plus vrai que l’Inde nous avait demandé, en avril dernier, par la voix de son Premier ministre, que ce projet s’inscrive dans une relation d’Etat à Etat.

L’histoire commune qui nous rattache à l’Inde, au travers de notre relation de Défense, est longue, faite de confiance réciproque et d’intérêts mutuels : elle va se poursuivre et s’étoffer grâce à ce nouveau projet que nous partageons.

Et je forme devant vous le vœu que le succès de la fourniture des 36 premiers appareils ne soit que le début d’une très belle histoire indienne pour cet avion extraordinaire, ce fleuron de l’industrie française de défense.

Je tiens également à préciser que ce contrat est le plus important jamais enregistré par la France dans le domaine de l’aviation de chasse.

Avec la signature de ce contrat, la France confirme la force de son lien avec une grande puissance mondiale, l’Inde, une démocratie forte qui veut tenir son rang dans le monde. Après le choix de DCNS par l’Australie, la France confirme ici qu’elle est un acteur crédible de la zone indopacifique, où je n’ai eu de cesse de dire que nous avons un rôle de premier plan à jouer.

La France, acteur de la sécurité du continent Africain, présente plus que jamais au Proche et au Moyen-Orient - je me rendrai d’ailleurs demain en Egypte -, est aussi une puissance crédible dans cette zone de l’océan indien où nous sommes militairement présents, à Abou Dabi, Djibouti, à la Réunion et où nous avons pour partenaires privilégiés deux grandes démocraties : l’Inde et l’Australie.

Ce succès affermit donc notre présence dans le monde. Je m’en réjouis, vous l’aurez compris. Il vient également consolider notre souveraineté : avec 84 avions Rafale exportés depuis février 2015, c’est l’ensemble de notre tissu industriel qui est renforcé. Cela pérennise également des emplois en France tout en garantissant l’indépendance de nos approvisionnements. Ce sont aussi pour nos entreprises de nouvelles perspectives d’investissement en Inde dans le cadre du Make in India voulu par le Premier ministre Modi.

Pour mémoire, la Loi de programmation militaire de 2013 fixait l’objectif de 40 avions exportés. Nous avons fait le double ! C’est la preuve incontestable que ce pari ambitieux était réaliste.

*

Ce succès politique, diplomatique et industriel, comment l’expliquer ?

D’abord, et je le dis devant les industriels et la DGA ici présents, il faut construire les meilleurs équipements. Dassault Aviation s’y emploie depuis des décennies, au service de la défense de la France, comme Thalès et Safran, dont les PDG ont fait le voyage à Delhi avec moi. Il faut également les armements les plus performants, et nous pouvons à cet égard nous réjouir de l’existence en France d’une industrie telle que MBDA. C’est une entreprise de pointe, qui associe le talent des principaux pays européens.

Je l’ai déjà dit, le Rafale est un avion exceptionnel, avec des armements qui le sont tout autant. Mais comment s’explique cette qualité industrielle ? En réalité, tout cela ne pourrait avoir lieu sans un véritable Etat stratège qui, par l’intermédiaire de la DGA, finance les programmes de très haute technicité et les armements de demain, et élabore une véritable vision stratégique pour l’industrie.

Le Rafale, c’est en effet 30 ans de soutien de l’Etat, dans différents domaines, tous complémentaires les uns des autres. Il y a d’abord notre système éducatif qui forme des ingénieurs de très haut niveau issus de nos grandes écoles et universités. Il y a ensuite des techniciens, des ouvriers, des employés productifs de grand talent, et bien sûr de remarquables capitaines d’industrie.

La deuxième clef de notre succès c’est donc la mobilisation et la cohérence de l’action étatique. J’ai parlé de l’Etat Stratège. Il y a également l’Etat régalien dans deux de ses composantes : l’armée et la diplomatie.

L’armée d’abord. Sans nos militaires, qui nouent des coopérations de défense, qui assurent la formation de nos partenaires, qui donnent de la consistance à nos relations stratégiques, le succès d’aujourd’hui, comme ceux des derniers mois, n’auraient pas été possibles.

Sans les prouesses opérationnelles de l’armée de l’Air et de l’aéronavale en Afghanistan, en Libye, en Irak ou en Syrie, dans la police du ciel des Balkans ou lors d’exercices partout dans le monde, cet accord historique n’aurait pas été possible.

Je veux donc remercier tous ceux qui ont fait de la carrière des armes leur métier. Ils sont la fierté de la France, son rempart, mais aussi une composante essentielle de notre rayonnement, de notre grandeur et de notre rang dans le monde.

L’Etat, c’est aussi l’Etat diplomate. Vous le savez, le choix de l’Inde pour la France ne date pas d’aujourd’hui. En 1998, c’est bien le choix bipartisan d’un partenariat stratégique avec New Delhi qui a été fait par la France. Ce choix n’a jamais été démenti, ni par la crise des essais nucléaires en 1998, ni par celle de Kargil en 1999. 18 ans plus tard, l’Inde se souvient qu’elle peut compter sur la France dans les moments difficiles, les heures de vérité où l’on reconnait les vrais amis.

C’est donc un choix diplomatique de fond, porté à son plus haut niveau par François Hollande, qui était ici, en janvier dernier, invité d’honneur de Republic Day. A cette occasion et pour la première fois dans l’histoire de cet Etat-continent, des troupes étrangères étaient invitées à défiler.
Ces troupes, chers amis, elles étaient françaises. Nous avons toutes les raisons d’en être fiers.

Cette politique de fond a été soutenue et incarnée par des hommes et des femmes, par un réseau diplomatique de grande valeur, dont les Britanniques, parait-il, disent qu’il est le meilleur au monde, et nous nous attachons quotidiennement à leur donner raison.

Ce soir, je veux donc remercier les trois ambassadeurs qui ont œuvrés depuis 2007 à ce succès : Jérôme Bonnafont, François Richier et Alexandre Ziegler, qui nous accueille ce soir, et dont la mission s’ouvre sous les meilleurs auspices, avec ce moment historique pour notre relation bilatérale.

*

Il y a le fond, et il y a également une méthode, vous le savez, j’y suis attaché. Sous l’autorité du Président de la République, qui a établi avec Narendra Modi, au fil des mois, une relation extrêmement étroite, c’est une Equipe France soudée que j’ai eu l’honneur de mener.

Ce succès, c’est effectivement, une fois de plus, celui de la mobilisation totale de ce que j’aime à appeler l’Equipe France. Car il s’agit bien de cela : chacun à son rôle dans cette équipe, mais tout le monde poursuit le même objectif, gagner. Et pour remporter ce contrat nous avons dû la renforcer encore davantage que lors d’autres négociations.

En cela, ce contrat est exemplaire. Il aurait été impossible de l’emporter sans que chacun travaille avec les autres partenaires, qu’il s’agisse des industriels, de la DGA ou des Armées.

Cette équipe, elle est d’abord faite de capitaines d’industrie : Eric Trappier, Antoine Bouvier, Patrice Caine, Philippe Peticolin. Toutes celles et tous ceux également qui les entourent et définissent avec eux une stratégie commerciale.

Et je n’oublie pas que ce succès s’appuie également sur un tissu compétitif de PME. Cette équipe est aussi faite de fonctionnaires : diplomates, je l’ai mentionné, ingénieurs de l’armement, et je salue en particulier Laurent Collet-Billon et Stéphane Reb, ainsi que leurs équipes.

Elle est composée bien entendu de mes collaborateurs directs, qui mettent en musique et déclinent au quotidien mon action. Ensemble, nous avons veillé en permanence à ce que tous les membres de l’Equipe France donnent le meilleur d’eux-mêmes afin de remplir l’objectif que nous nous étions fixé.

Ce sont des hommes et des femmes de l’ombre que je veux remercier, ce que l’on fait rarement. Vous qui êtes ici, vous les connaissez : Cédric Lewandowski, mon directeur de cabinet, Luis Vassy mon conseiller diplomatique et Bruno Gruselle son adjoint, Christophe Salomon mon conseiller industriel.

Mais cette addition de talents individuels n’est pas tout. Elle pourrait même n’être rien si nous n’avions pas élaboré depuis 2012 une discipline collective. Je veux en donner rapidement les grandes lignes :

  • D’abord, la collégialité de la réflexion : c’est en prenant en compte, de façon collective, la totalité des contraintes liées à un dossier que l’on peut s’assurer d’avoir une stratégie intelligente et victorieuse. C’est la raison pour laquelle il y a autant de réunions autour de moi, dans le cadre du COMED présidé par mon directeur de cabinet, ou chez mon conseiller diplomatique.
  • Ensuite, la discipline, je l’ai dit : lorsque le Président de la République et le Premier ministre ont validé la stratégie que je leur ai proposée, tout le monde doit s’y tenir, et tout le monde s’y est tenu - c’est une force !
  • Enfin, la spécialisation dans l’exécution : chacun est à son poste dans son domaine d’expertise. Aux industriels les spécifications techniques et financières, à l’Etat le dialogue stratégique, les coopérations opérationnelles et le suivi des programmes.

Mesdames et Messieurs, je veux citer une ultime grande force de notre Equipe France. Dans ce domaine stratégique, nous avons bénéficié d’une remarquable unanimité. La délégation que je mène est bipartisane, et je veux saluer les députés et sénateurs de droite et de gauche qui m’accompagnent. Lorsque l’intérêt de la France est en jeu, l’unité, la cohésion doivent être la règle ! Il en a toujours été ainsi depuis que j’ai l’honneur de conduire notre équipe.

Il est bien sûr pleinement légitime d’éprouver aujourd’hui une immense satisfaction pour le travail accompli. Mais n’oublions pas l’avenir et ce qu’il exige de nous, dès aujourd’hui. Nous devons rester mobilisés car il reste encore beaucoup à faire. Dans le domaine naval, avec des compétitions en Europe, dans le domaine aérien, les négociations avec les Emirats Arabes Unis se poursuivent. Nous devons aussi nous projeter dans un futur dans lequel la fusion, que j’ai voulue, de Nexter et de KMW créera une nouvelle force à l’exportation dans le domaine des matériels terrestres.

En ce jour historique, il est temps de célébrer le magnifique succès que remporte une nouvelle fois le Rafale, un succès qui en appelle de nouveaux, à l’avenir. C’est la volonté que j’exprime devant vous ce soir.

Je vous remercie. Vive la République. Vive la France. Vive l’amitié franco-indienne.

Dernière modification le 26/09/2016

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